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Propos d’introduction du 19 janvier 2017 sur l’attentat de la Breitscheidplatz

Les députés, debout, se recueillent en hommage aux victimes de l’attentat terroriste de la Breitscheidplatz, à Berlin.

Les députés, debout, se recueillent en hommage aux victimes de l’attentat terroriste de la Breitscheidplatz, à Berlin.

© DBT/Melde

Chères et chers collègues,

Lorsqu’à la fin la dernière semaine de séance, nous nous sommes quittés pour profiter de la pause de Noël, nous avons échangé nos bons vœux, les vœux d’un Noël serein et d’une année nouvelle plus paisible. L’attaque terroriste choquante qui a frappé le marché de Noël de la Breitscheidplatz, à Berlin, a balayé ces espoirs d’une manière effroyable.

Comme à Nice, déjà, un terroriste islamiste a fait d’un camion une arme mortelle, qu’il a dirigée contre une foule de passants. Il ne devait pas frapper certaines personnes, mais devait atteindre le plus grand nombre possible de personnes. Six femmes et six hommes, qui étaient réunis au pied de l’église de Souvenir, dans une joyeuse atmosphère d’avant Noël, ont ainsi été brutalement arrachés à la vie. On compte parmi les morts, en plus de sept Allemands, des personnes venues de Pologne, d’Italie, d’Ukraine, de République tchèque et d’Israël, présentes à Berlin parce qu’elles y travaillaient, parce qu’elles visitaient notre capitale, ou parce qu’elles y avaient trouvé un nouveau foyer. L’attentat a fait des dizaines de blessés, faisant craindre pour la vie de certains d’entre eux : ils proviennent du monde entier. Beaucoup devront encore lutter longtemps pour revenir à la vie, dans leur corps comme dans leur âme, et il n’en ira pas autrement pour les témoins oculaires et les nombreux secouristes, que nous remercions de tout cœur pour leur intervention sur le lieu de l’attentat et dans la prise en charge des victimes et de leurs proches.

C’est un mécanisme presque inévitable, et pourtant difficilement supportable de la réception d’événements comme celui-là par les médias et l’opinion publique : l’auteur du crime reçoit souvent une attention bien plus grande que ceux qu’il a précipités dans la mort. Nous connaissons tous le visage de l’assassin de la Breitscheidplatz, nous le voyons semaine après semaine, presque chaque jour, dans les journaux, sur Internet, à la télévision, et nous n’ignorons aucun détail de sa vie. Des victimes, par contre, nous savons peu. C’est disproportionné, bien sûr, mais en même temps, cela dépeint clairement les attentes et besoins totalement différents auxquels il convient de répondre. Nous devons avant tout respecter absolument le souhait des familles endeuillées de voir leur sphère privée préservée, d’être laissées non pas seules, mais en paix, dans leur deuil ; nous devons respecter ce souhait même face à un besoin compréhensible des médias et de l’opinion publique. Qu’il y ait, après des faits si terribles, l’exigence de s’en emparer le plus vite possible et d’en tirer les conclusions les plus concrètes possible n’est d’ailleurs pas répréhensible, et n’est certainement pas l’expression d’un manque d’empathie. Les bougies et les fleurs déposées sur le lieu de l’attentat témoignent bien davantage de la grande compassion de la population vis-à-vis de la douleur des victimes.

Pour les familles, les conjoints, les amis des victimes, tout a changé en quelques secondes : les projets de vie, les désirs, les espoirs ont été détruits en un instant. La douleur des proches est incommensurable, et si nous ne pouvons qu’en avoir qu’une vague idée, nous partageons leur tristesse profonde. C’est ce que nous avons exprimé, le lendemain de l’attentat, lors de l’émouvante cérémonie religieuse en l’église du Souvenir, à Berlin, en présence du chef de l’État, des plus hauts représentants des organes constitutionnels, de nombreux membres du Bundestag et du gouvernement fédéral, et d’un grand nombre de personnes représentant notre société. Les responsables des communautés religieuses ont, dans une impressionnante prière interreligieuse, montré leur unité face à la violence terroriste.

Je remercie Monsieur le Président fédéral de sa présence, ce matin, qui confère à l’hommage rendu par le Bundestag allemand un rang particulier.

Des femmes et des hommes du monde entier portent également notre deuil. Leur sympathie exprimée dans de nombreux messages de condoléances nous touche, et nous donne des forces. Nous disons notre gratitude – pour citer un exemple parmi tant d’autres – à nos amis français, qui ont exprimé leur sympathie en respectant une minute de silence à l’Assemblée nationale en souvenir des victimes. Tout comme les Français, qui connaissent l’épreuve du terrorisme islamiste, nos voisins européens et nos partenaires dans le monde savent que cette épreuve peut les frapper eux-mêmes, à tout moment. Chacun de nous est la cible, chacun de nous est concerné. La preuve nous en a été donnée, durant les quelques jours de cette année nouvelle, par l’attaque meurtrière perpétrée la nuit du Nouvel An contre des personnes faisant la fête à Istanbul, par les effroyables attentats à la bombe dans un marché de Bagdad ou par l’attentat commis, à nouveau avec un camion, contre des soldats à Jérusalem. Nous nous sentons unis aux victimes de cette brutalité inhumaine. Elles nous rappellent que le danger du terrorisme, partout dans le monde, ne peut être bravé efficacement qu’ensemble, et c’est pour cela que nous devons enfin parvenir à une collaboration efficace en matière de sécurité, en Europe et au-delà.

Le terrorisme vise à ébranler les sociétés démocratiques, à les paralyser, à les déstabiliser. Cet objectif, les terroristes ne l’ont pas atteint en Allemagne. La population réagit avec une retenue remarquable devant le terrorisme. Elle démontre ainsi de manière impressionnante qu’elle n’entend pas laisser les menaces et la peur dicter sa vie.

Et pourtant, le danger du terrorisme modifie nécessairement notre vie : nous le remarquons à chaque contrôle de sécurité et nous ressentons un besoin de sécurité accru. À raison, les citoyennes et les citoyens attendent de l’État et de ses institutions qu’ils les protègent, qu’ils préviennent les dangers possibles ; l’État doit démontrer qu’il peut agir également, et précisément, sous la menace du terrorisme islamiste. Si le principe est incontestable, sa mise en œuvre n’est toutefois pas simple.

La liberté, si l’on veut qu’elle soit fiable, a besoin de sécurité. La sécurité, si l’on ne veut pas qu’elle tourne à la répression, a besoin de liberté. C’est pourquoi nous ne devrions pas accabler l’État avec nos exigences, et nous ne pouvons certainement pas nous illusionner que nous pourrons combattre un ennemi insaisissable avec des moyens apparemment simples. Les pays qui ne connaissent pas la liberté ou qui limitent fortement celle-ci au nom de la sécurité n’assurent en aucun cas une protection meilleure. La série effrayante d’attentats qui a frappé la Turquie ces derniers mois montre elle aussi que, là où règne l’état d’urgence et où l’autorité exécutive de l’État ne cesse de s’étendre, aux dépens des principes de liberté et d’état de droit, aucune sécurité ne saurait être garantie. Les systèmes autoritaires, c’est attesté, ne sont pas plus sûrs : ils achètent l’illusion d’une plus grande protection face au terrorisme et à la violence au prix du refus de droits et libertés essentiels.

Une société libre n’est cependant pas impuissante ; elle aussi peut, et doit se défendre. Notre État ne peut pas éliminer les dangers, mais les autorités en charge de la sécurité peuvent les limiter, avec les moyens que l’état de droit met à leur disposition.

Des attentats ont déjà pu être empêchés à plusieurs reprises dans notre pays. Et pourtant, après le terrible attentat de la Breitscheidplatz, il reste des questions pressantes, auxquelles des réponses définitives n’ont pas encore été apportées. L’enquête sur l’auteur de l’attentat a montré qu’il a pu frapper sans être gêné, alors qu’il était fiché comme homme dangereux, connu des autorités compétentes, et pourvu de plusieurs fausses identités. Les résultats de cette enquête nous imposent de repenser l’architecture de la sécurité dans notre pays. L’état de droit n’a pas échoué en lui-même, c’est vrai ; il a plutôt manifestement omis d’exploiter jusqu’au bout ses propres moyens. Nous devons faire la lumière sur les erreurs d’organisation et les faiblesses structurelles, et nous devons tirer les conséquences, à tous les niveaux de l’État et en collaboration avec tous les services et autorités. Là où le législateur sera requis, nous, députés, devons remplir notre devoir – particulièrement là où, manifestement, on n’observe pas seulement un défaut d’application de lois qui existent depuis longtemps. Les autorités en charge de la sécurité et la justice doivent être mises en condition de pouvoir appliquer fermement s’il le faut les lois existantes.

Nous devrons pour cela avoir des débats qui dérangent, lors desquels nous pouvons, et nous devons, avoir aussi des désaccords. Au sein des organes compétents comme de l’assemblée plénière du Bundestag, nous avons déjà commencé ces discussions. Nul ne doit voir dans celles-ci une forme de faiblesse ou les dénigrer en les considérant comme de l’indécision. C’est précisément la force de notre démocratie mise au défi, que nous débattions en tant que société sur la manière dont nous voulons maintenir l’équilibre délicat entre droit à la sécurité et promesse de liberté.

Même dans une année électorale, il doit être possible d’avoir des discussions particulièrement intenses sur ces questions, entre partis et au sein des partis. Cette nécessaire confrontation ne peut cependant se faire aux dépens de personnes que d’aucuns condamnent comme responsables, du fait de leur origine ou de leur religion, de la violence terroriste, une violence devant laquelle – bien au contraire – ces personnes elles-mêmes ont fui.

Le meurtrier de la Breitscheidplatz se considérait comme un musulman, comme un soldat de l’État islamique, et il s’est fait passer pour un réfugié. Nous ne pouvons pas ignorer ces deux éléments, justement parce que nous nous reconnaissons dans la diversité religieuse, dans l’ouverture de la société sur le monde et dans nos obligations humanitaires.

En tant qu’État qui conçoit et garantit la liberté religieuse comme un droit fondamental, et en tant que société où vivent ensemble chrétiens, juifs, musulmans et personnes qui ne croient pas, nous pouvons, et nous devons demander avec insistance que les musulmans interrogent leur religion et le rapport funeste entre la foi et la violence fanatique. Le président du Conseil central des musulmans l’a fait de manière exemplaire dans sa déclaration à la suite de l’attentat de Berlin. Cela aussi mérite le respect et la reconnaissance.

Nous ne combattons pas l’Islam, ou la religion, mais le fanatisme et le fondamentalisme – il n’en va pas autrement dans notre pays, sous le coup du terrorisme, que chez nos voisins européens, après les attentats sur leur sol. Là où les idées islamistes sont répandues, nous devons les combattre, avec toute la rigueur qui s’impose dans l’état de droit. Le terrorisme n’est jamais religieux, le terrorisme est politique – et la riposte doit être elle aussi politique.

Que des islamistes prêts à des actes violents exploitent l’état de besoin dans lequel se trouvent d’autres personnes, pour s’infiltrer dans notre pays et y semer le trouble et la violence est une chose perfide, mais elle s’inscrit dans la logique des terroristes, qui veulent diviser notre société. Parce que nous ne le tolérons pas, et parce que nous voulons protéger ceux qui se réfugient chez nous de ceux qui les abusent pour servir leurs propres objectifs, nous avons une double légitimation pour vérifier, plus résolument que nous ne l’avons fait, qui entre dans notre pays. Quant à ceux qui restent chez nous, nous exigeons d’eux qu’ils se conforment sans réserve à nos lois et à nos standards.

Chères et chers collègues,

Nous avons appris la semaine dernière le décès de Roman Herzog, à qui nous rendrons hommage mardi prochain, lors d’une cérémonie funèbre en la cathédrale de Berlin. Notre ancien Président fédéral a servi ce pays en y occupant les plus hautes fonctions ; dans son inoubliable « discours de Berlin » de 1997 – il y a 20 ans –, il a réclamé que l’on parle un langage clair, ce même langage qui est requis aujourd’hui : « Celui qui dirige – où qu’il soit – doit, avec ceux qui sont sous sa protection, dire les choses comme elles sont, même si elles sont désagréables. » En une autre occasion, il a également souligné que : « La responsabilité est la conséquence inéluctable de la liberté ».

Nous sommes libres, et nous restons libres, tant que nous assumons la responsabilité des affaires qui nous touchent.

Je vous prie de vous lever et d’observer un moment de recueillement en hommage aux victimes et en témoignage de notre solidarité envers leurs proches.

Marginalspalte