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Extrait du compte rendu sténographique de la 79e séance du Bundestag allemand du 15 janvier 2015 concernant les attentats terroristes perpétrés en France

© Bundestag Allemand/Melde

M. Norbert Lammert, président :

Chers collègues, Excellences, chers invités à la tribune des visiteurs, Mesdames et Messieurs, la semaine dernière, des attentats terroristes brutaux ont ébranlé la France. Dix-sept personnes ont été assassinées sans pitié, d’autres ont été blessées, et certaines luttent pour leur survie : des journalistes, des artistes et des policiers, au service de la République, dont un musulman, ainsi que quatre Français de confession juive. Ces événements nous ont tous choqués et indignés, car nous avons immédiatement compris une chose : l’attentat meurtrier de Paris ne visait pas seulement un journal bien déterminé et ceux qui faisaient ce journal, il visait la liberté d’opinion et la liberté de presse. C’était une attaque démonstrative contre une société libre et ouverte, contre nos lois fondatrices, écrites et non écrites, contre nos convictions et contre nos valeurs.

Nous nous sentons unis avec nos amis français dans la douleur et dans le deuil qui entoure les victimes, mais aussi dans la détermination à affronter ensemble ce défi. Les Français, et avec eux des hommes et des femmes partout dans le monde, y compris beaucoup d’Allemands, apportent depuis plusieurs jours une réponse forte à cette attaque aux fondements de notre vivre ensemble en société. Les crayons et les pancartes levés dans les manifestations, symboles de la liberté de parole, les slogans « Je suis Charlie », « Je suis journaliste, je suis juif, je suis policier, je suis Ahmed », multipliés par millions, transmettent ce message sans équivoque : « Nous sommes tous Charlie ». Nous sommes tous concernés. Nous ne nous laissons pas intimider, et nous ne renoncerons pas à ces principes qui depuis la Révolution française sont devenus le pilier commun de la civilisation européenne : Liberté, Égalité, Fraternité.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

Nous en sommes convaincus : s’il doit y avoir de la liberté, elle doit valoir pour tous. S’il doit y avoir de l’égalité, elle doit signifier les mêmes droits et devoirs pour tous, indépendamment de leur origine, de leur croyance et de leur sexe. Si la fraternité est plus qu’un mot, elle doit s’exprimer dans la solidarité envers les plus faibles, les plus démunis, ceux qui sont défavorisés dans nos sociétés.

La démocratie est, en Europe, le fondement constitutif de la liberté. Mais nous savons aussi – notre propre histoire, longue et tourmentée, nous l’enseigne – que la liberté n’est possible que si le doute est permis : doute sur ce que nous connaissons, sur ce que nous avons appris, sur ce que nous savons et croyons savoir, sur ce que nous avons appris à croire. Le doute est le frère jumeau de la liberté. Sans le doute envers des positions qui nous ont été transmises par la tradition, et sans la critique envers ce qui est, il n’y a ni progrès ni liberté. C’est pourquoi la liberté d’opinion de chacun, la liberté de parole, la liberté de l’art et, non moins importante, la liberté de la presse ont une signification exceptionnelle et inaliénable pour la vie dans nos sociétés démocratiquement constituées. Et c’est pourquoi nous ne laisserons personne en disposer.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

Chers collègues, cette fermeté, il nous la faudra demain encore ; la menace n’est en effet pas imaginaire, elle est réelle et actuelle, et elle est partout, y compris chez nous. Au niveau de l’État et de la société, nous devrons agir de manière plus préventive que par le passé : nous voulons empêcher que de jeunes hommes et aussi de jeunes femmes soient la proie de l’islamisme et du djihadisme ; que, frustrés, aveuglés et fourvoyés, ils quittent l’Allemagne pour une guerre sans dieu, au nom d’une idéologie qui méprise l’être humain.

Le terrorisme n’a rien à voir avec un choc des cultures, et moins encore avec la religion. Notre ennemi, ce n’est pas l’islam, c’est le fanatisme,

(Applaudissements de toute l’assemblée)

ce n’est pas la religion, c’est le fondamentalisme.

Nous ne devons pas ignorer non plus qu’il y a depuis longtemps une lutte de pouvoir acharnée dans le monde islamique, et que cette lutte est bien moins une question de religion que de basses prétentions hégémoniques.

Ceux qui, en Allemagne, invoquent en place publique la prétendue « islamisation de l’Occident » pratiquent la démagogie et n’apportent pas la vérité.

(Applaudissements de tous les députés)

Celui qui est mû par la vérité doit se poser la question, en tant que chrétien, de savoir s’il accueille les musulmans ouvertement et sans préjugés et s’il leur accorde dans notre société une place qui leur confère des droits égaux. Parmi les musulmans, ceux qui sont mus par la vérité doivent se demander, au-delà des figures rhétoriques, pourquoi des femmes et des hommes sont encore persécutés, tourmentés et tués au nom d’Allah.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD, d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de LA GAUCHE)

Ce défi, Mesdames et Messieurs, nous ne le rencontrons pas seulement dans l’acte inexplicable et inexcusable de quelques fanatiques aveuglés. Certains s’appuient aussi sur l’autorité de l’État pour porter atteinte, au nom de Dieu, aux droits élémentaires de l’humanité.

Comme presque tous les pays du monde, l’Arabie saoudite a condamné l’attentat de Paris comme un « acte terroriste lâche, qui est rejeté par l’islam comme il est rejeté par les autres religions », et deux jours plus tard, elle faisait fouetter en public le blogueur Raif Badawi à Djeddah. Accusé d’insulte à l’islam et de rébellion contre les autorités, il a été condamné à mille coups de fouet : selon l’acte de condamnation, ils devront lui être infligés pendant les 20 prochaines semaines, tous les huit jours.

L’explication bienveillante qui nous dit qu’il ne faut pas confondre l’islam et l’islamisme et que le terrorisme pour des motifs religieux n’a rien à voir avec l’islam ne suffit pas, et elle n’est pas juste, pas plus que l’affirmation lénifiante selon laquelle les croisades, l’inquisition ou encore les chasses aux sorcières n’auraient rien eu à voir avec le christianisme.

Les rapports sont chaque fois évidents. Lorsque se posent la question de savoir comment l’humiliation ciblée et l’extermination d’êtres humains au nom de Dieu sont possibles et, plus importante encore, la question de savoir comment assurer que cela ne se reproduise plus jamais, on ne répond pas par des tabous.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

La prise de position sans ambiguïté des principaux représentants des associations et communautés musulmanes, exprimée d’une manière qui nous a impressionnés, mardi soir, à la porte de Brandebourg, est d’autant plus nécessaire et d’autant plus importante. Je voudrais dès lors assurer les organisateurs et tous les participants à cette manifestation de mes remerciements et de mon respect.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

Je me réjouis de la présence, ce matin au Bundestag allemand, des ambassadeurs de France et d’Israël, mais aussi de représentants de toutes les communautés religieuses : je leur souhaite chaleureusement la bienvenue.

(Applaudissements)

Mesdames et Messieurs, où que ce soit dans le monde, l’orientation religieuse n’a en rien perdu de sa signification dans l’action en société ou dans l’action politique ; elle a au contraire gagné en importance. La religion et les convictions religieuses personnelles font également partie des réalités d’un État séculier comme l’Allemagne. La coexistence pacifique des hommes, des peuples, des nations et des cultures n’est cependant possible que sur la base de l’entente, de la compréhension et de la tolérance. Il est donc juste d’encourager au dialogue.

Ce dialogue entre personnes de convictions et d’origines culturelles différentes n’a toutefois une perspective de succès que s’il a pour corollaire la disposition à être à l’écoute, à apprendre davantage et à respecter mutuellement les différentes convictions. La considération mutuelle, dans la sphère privée comme dans la sphère publique, facilite le vivre ensemble : ce principe prévaut aussi, et surtout, dans les sociétés libérales. Aussi est-il raisonnable pour les hommes et femmes politiques, tout comme pour les journalistes et les artistes, d’user de manière responsable des droits et libertés constitutionnellement garantis et de montrer des égards pour ce qui, littéralement, est sacré pour d’autres.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD et de députés de LA GAUCHE et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

La très grande majorité de la population de notre pays se reconnaît dans la diversité religieuse, dans une société ouverte sur le monde. L’Allemagne tient à son engagement humanitaire d’offrir une protection aux personnes qui, traumatisées, ont fui la guerre et, de plus en plus souvent, le terrorisme islamiste, et elle remplit sa mission, dans le cadre de l’alliance internationale, de venir en aide aux États et aux peuples victimes du terrorisme. Au-delà de l’émotion que suscitent en nous les attentats en France, nous n’oublions pas que dans le même temps, des personnes innocentes, surtout des musulmans, sont victimes par milliers du terrorisme et que des crimes épouvantables, aux motivations ahurissantes, sont commis quotidiennement au Nigéria, au Pakistan, en Syrie ou en Irak.

Nous devons tous ensemble défendre les valeurs de la démocratie occidentale, qui sont devenues depuis longtemps des valeurs de l’humanité entière, et nous combattrons résolument les adversaires de ces valeurs. L’idée de la dignité intangible de l’être humain sera à la fin toujours plus forte que la haine rendue aveugle par l’idéologie.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

Chers collègues, notre solidarité toute particulière s’adresse en ces journées à nos amis français. Nous exprimons notre profonde compassion à tous les proches des personnes tuées et aux nombreux blessés.

En mémoire des victimes, en signe de notre respect, de notre sympathie et notre solidarité, je vous demande de vous lever.

(L’assemblée se lève)

Je vous en remercie.

J’appelle maintenant le point 2 de l’ordre du jour :

Déclaration gouvernementale par Mme la chancelière fédérale suite aux attentats terroristes en France

Conformément à un accord intergroupe, le débat qui suivra la déclaration gouvernementale aura une durée de 60 minutes. – Je constate que tout le monde est d’accord. Nous procéderons donc ainsi.

La parole est Mme la chancelière fédérale Angela Merkel, pour une déclaration gouvernementale.

(Applaudissements de la CDU/CSU et du SPD)

Mme Angela Merkel, chancelière fédérale

Monsieur le Président, chers collègues, Mesdames et Messieurs, nous sommes choqués et sidérés par la mort de 17 personnes innocentes, victimes, la semaine dernière à Paris, de la haine à l’état brut du terrorisme international. Notre sympathie va aux familles des victimes, aux personnes blessées et au peuple français. J’ai fait part au président Hollande des profondes condoléances de la population allemande.

L’Allemagne et la France sont liées par une amitié particulière. L’Allemagne et la France sont côte à côte dans ces journées difficiles. L’Allemagne et la France ont conscience, ensemble, qu’il ne peut y avoir de sécurité ici, en Allemagne, s’il n’y a pas de sécurité là-bas, en France. Nous sommes conscients, ensemble, que le destin de l’Allemagne et le destin de la France sont, à l’heure de la mondialisation, liés l’un à l’autre et ne peuvent être séparés. Nous sommes aussi conscients, ensemble, que le terrorisme n’est pas apparu le 11 septembre 2001, et qu’il ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Le terrorisme n’a jamais disparu. Le terrorisme a toujours existé : dans les camps de concentration, dans les goulags, dans les assassinats de Walther Rathenau ou de Matthias Erzberger, de Martin Luther King, de Zoran Djindjic, de Hanns Martin Schleyer, ou dans les meurtres effroyables du Mouvement clandestin national-socialiste, la NSU. Cette énumération n’est bien sûr pas exhaustive, pas plus qu’elle n’est systématique ; ce n’est pas mon but ici.

Le terrorisme se trouve aussi dans les bombes visant des Allemands qui voulaient passer leurs vacances en Tunisie, ou dans les bombes placées dans les bus traversant les villes d’Israël. Le terrorisme est aussi présent dans la succession accablante d’assassinats à laquelle nous avons assisté rien qu’au cours de l’année dernière : dans la décapitation d’otages en Irak, dans la persécution et le meurtre atroces de tous ceux qui se sont opposés, en Irak et en Syrie, à la lecture totalitaire de la religion pratiquée par Daech, dans l’attentat du Musée juif de Bruxelles, dans les tirs mortels visant un soldat canadien devant le parlement à Ottawa, dans la prise d’otage et l’assassinat d’employés et de clients d’un café à Sydney, dans le massacre – qu’il nous est difficile de concevoir – de plus de 100 enfants dans une école au Pakistan, dans les atrocités du groupe Boko Haram au Nigéria, dont nous ne pouvons qu’imaginer toute l’ampleur.

Et maintenant, en ce début d’année, le terrorisme a ébranlé Paris. Il a visé trois groupes de personnes : les journalistes de Charlie Hebdo, assassinés pour leurs dessins, les policiers, tués dans l’exercice de leurs fonctions, et les clients d’un supermarché kasher, assassinés parce qu’ils étaient juifs ou parce que les assassins pensaient frapper des juifs.

Dans les sombres heures qu’ont traversées Paris et les Français la semaine dernière, de mercredi midi à vendredi après-midi, deux des grands maux de notre époque ont sévi, qui souvent, mais pas toujours, vont de pair : le terrorisme islamique et l’antisémitisme, la haine de juifs, tous deux meurtriers. Aujourd’hui, au Bundestag, nous faisons mémoire des dix-sept personnes tuées dans ces attentats.

L’effroi que les attentats ont suscité à travers le monde et la fierté avec laquelle tant de personnes ont réagi ont vite trouvé deux symboles : ces pancartes « Je suis Charlie » levées en signe d’identification avec le journal satirique, et les crayons, outil de travail des caricaturistes. Des millions de personnes dans le monde entier ressentent combien c’est l’une de nos libertés fondamentales qui est en jeu dans cette lutte face aux terroristes : la liberté de la presse, la liberté d’écrire, de filmer, de publier, sans censure. Dans notre Loi fondamentale, c’est l’article 5 qui garantit cette liberté. Il est à mes yeux, à côté de l’article 1, qui consacre l’intangibilité de la dignité de l’être humain ; de l’article 2, sur le droit de chacun au libre épanouissement de sa personnalité ; de l’article 3, sur l’égalité de tous les êtres humains devant la loi ; et de l’article 4, sur la liberté de croyance, l’un des trésors les plus précieux de notre société.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

La liberté de la presse ne saurait être détachée de la liberté d’opinion de chaque citoyen. Oui, être des citoyens sans être des sujets, cela n’est possible que s’il y a une presse libre, si nous pouvons avoir un accès sans entraves aux informations qui nous permettent de nous forger notre propre opinion, notre propre jugement.

De nombreux États dans le monde ont couché la liberté de la presse sur le papier de leurs lois et constitutions. La réalité des choses est souvent bien différente : pour l’année 2014, « Reporters sans frontières » a recensé 66 journalistes tués en raison de leur travail, 119 enlèvements et 178 journalistes jetés en prison. « Reporters sans frontières » note que les assassinats de journalistes prennent des formes de plus en plus cruelles, et que le nombre d’enlèvements explose. Les informations faisant état de journalistes persécutés, torturés, assassinés nous parviennent de trop nombreux pays. La liberté de la presse sur le papier n’a pas grande valeur ; si elle n’est pas concrète, elle n’existe pas. Dans beaucoup trop de pays du monde, la liberté de la presse n’existe pas.

En Allemagne, en Europe, nous n’avons pas vraiment de motif de faire la leçon aux autres : nous portons encore le fardeau du sang versé pendant des siècles sur notre continent, jusqu’à cet effondrement de la civilisation que fut la Shoah. Mais après toutes les horreurs du passé, nous pouvons montrer que nous avons finalement appris en Europe à faire de notre diversité un atout. Nous pouvons montrer que la valeur qui nous a permis cela, c’est la tolérance. La tolérance est une vertu exigeante. Elle ne doit pas être confondue avec l’absence de point vue, tout comme la liberté ne doit pas être confondue avec l’absence de toute retenue : elle est toujours, et pour chacun, associée à la responsabilité. Cela vaut pour notre vie personnelle, comme en politique, et comme pour les médias : cela vaut pour tous.

La liberté et la tolérance n’ont jamais eu la moindre compréhension pour la violence, qu’elle soit d’extrême gauche ou d’extrême droite, pour l’antisémitisme ou pour l’emploi de la force au nom d’une religion. La liberté et la tolérance seront leur propre fossoyeur si elles ne se protègent pas contre l’intolérance. Liberté de religion et tolérance ne veut pas dire que, dans le doute, la charia se place au-dessus de la Loi fondamentale. Liberté et tolérance ne veut pas dire détourner le regard ou accepter le deux poids deux mesures.

Dimanche, j’étais à Paris avec mes collègues du gouvernement fédéral, les ministres Sigmar Gabriel, Thomas de Maizière et Frank-Walter Steinmeier. La vice-présidente du Bundestag, Claudia Roth, le vice-président du groupe CDU/CSU, Hans-Peter Friedrich, et les présidents d’Alliance 90/Les Verts, Simone Peter et Cem Özdemir, étaient également là, pour montrer aux millions de Français descendus dans les rues et sur les places de France que l’Allemagne se sent proche d’eux, dans un esprit d’amitié et de solidarité.

S’il fallait encore une preuve que, par leurs actes, les assassins de Paris ont choqué et révulsé toute personne dotée de sensibilité, cette preuve a été apportée par les plus de trois millions de manifestants à Paris et dans d’autres villes françaises, le week-end dernier, ainsi que par les personnes présentes avant-hier à la commémoration à la porte de Brandebourg.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

C’est un océan de personnes éprises de liberté qui, face aux crimes, découvrent – peut-être plus clairement que jamais – ce qu’elles ont en commun ; un océan de citoyens qui se lèvent quand le terrorisme veut les mettre à genoux ; un océan de femmes et d’hommes qui refusent d’être divisés, suivant la logique malade des terroristes, entre chrétiens, musulmans, juifs, non-croyants.

Nous aussi, en Allemagne, nous ne voulons pas et nous ne nous laisserons pas diviser. Nous ne nous laissons pas diviser par ceux qui, aujourd’hui, en Allemagne, provoquent, menacent et agressent des personnes parce qu’elles peuvent être identifiées d’une manière ou d’une autre comme étant juives ou parce qu’elles prennent parti pour l’État d’Israël. Nous voulons dire clairement et sans aucune équivoque : la vie juive fait partie de nous, elle fait partie de notre culture et de notre identité. La discrimination et l’exclusion ne doivent pas avoir leur place chez nous.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

C’est pourquoi nous voulons poursuivre les auteurs d’actes antisémites de manière résolue, avec tous les moyens de l’État de droit. La lutte contre l’antisémitisme est notre devoir, comme État et comme citoyens. Il en est exactement de même pour les attaques contre les mosquées. Nous ne les acceptons pas non plus, et leurs auteurs seront poursuivis avec la même détermination, car nous ne nous laissons pas diviser par ceux qui, face au terrorisme islamiste, jettent une suspicion généralisée sur les musulmans d’Allemagne. Toute exclusion des musulmans en Allemagne, toute suspicion généralisée est inacceptable.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

En tant que chancelière, je prends la défense des musulmans d’Allemagne, comme nous le faisons tous dans cette assemblée.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

L’immense majorité des musulmans d’Allemagne sont des citoyens intègres, fidèles à la Loi fondamentale. Nous devons ici distinguer deux choses : nous garantissons que la foi dans l’islam puisse être pratiquée librement en Allemagne dans le cadre de notre constitution et de nos lois, et nous combattons toute forme de violence islamiste avec toute la fermeté de notre État de droit.

Cela signifie entre autres :

Premièrement. Les prédicateurs de haine et les auteurs d’actes violents qui agissent au nom de l’islam, ceux qui les manipulent et les instigateurs spirituels du terrorisme international seront combattus sans relâche, avec tous les moyens que l’État de droit met à notre disposition.

Deuxièmement. Le gouvernement fédéral a décidé hier de l’introduction d’un document d’identité de remplacement qui n’autorise pas la sortie du territoire allemand. Nous voulons de cette manière empêcher le départ de citoyens allemands vers les zones de conflit et les camps d’entraînement terroristes car nous considérons avec une grande préoccupation ce phénomène de départ, surtout de jeunes gens qui rejoignent des groupes terroristes en Syrie et en Irak. Par leur endurcissement accru, ceux qui reviennent plus tard en Allemagne représentent à nos yeux la plus grande menace de danger dans notre pays.

Troisièmement. Le gouvernement fédéral adoptera à brève échéance le projet de loi du ministre de la Justice visant à mieux lutter contre le financement du terrorisme et rendant passible de sanctions pénales le départ vers des zones de conflit. Il s’agit ici de transposer la résolution correspondante de l’ONU.

Quatrièmement. Le Conseil européen de février 2015 se penchera également sur les mesures qui ont été discutées le week-end dernier à Paris par les ministres de l’Intérieur de onze pays membres de l’Union européenne: mesures de lutte contre le commerce d’armes illégal, de coopération entre États de transit, de surveillance des mouvements de voyageurs aux frontières extérieures de l’UE et d’alignement des données relatives aux passgers aériens représentant une menace.

Cinquièmement. Nous devons apporter aux forces de sécurité dans leur ensemble les indispensables ressources personnelles et financières dont elles ont besoin pour assurer notre sécurité au mieux de leurs possibilités.

(Applaudissements de la CDU/CSU et du SPD et de députés d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Nous devons les mettre en situation d’accomplir leur travail même lorsque les exigences de la situation ou les conditions techniques générales sont modifiées. C’est l’objectif que se fixe également l’amendement de la loi sur la protection de la constitution, et je voudrais saisir cette occasion pour remercier chaleureusement tous ceux qui se dépensent sans compter pour la sécurité de notre pays.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD, d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de LA GAUCHE)

Sixièmement. La Cour de justice de l’Union européenne et la Cour constitutionnelle fédérale ont défini le cadre dans lequel peut s’inscrire une réglementation de la durée minimale de conservation des données dans le domaine des communications. Tous les ministres de l’Intérieur de la Fédération et des Länder, tous partis confondus, partagent la conviction que nous avons besoin d’une durée minimale de conservation des données ; partant, nous devrions réclamer que la directive européenne révisée annoncée par la Commission européenne sur ce sujet soit présentée rapidement, afin de la transposer aussitôt dans le droit allemand.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

Septièmement. Dans le travail de nos services de renseignement nationaux, comme dans la coopération avec les services de renseignement de nos partenaires, il convient de garantir toujours et sans le moindre doute l’équilibre entre liberté et sécurité. Mais il ne fait aucun doute non plus que l’échange d’informations entre pays est et reste lui aussi absolument indispensable pour notre sécurité.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

Huitièmement. En tant que membre de la communauté internationale, l’Allemagne participera sans relâche, par son action politique et humanitaire, ainsi qu’avec des équipements et programmes de formation militaire, à la lutte contre les milices terroristes de Daech, en Irak ou en Syrie. Nous ne participerons pas à des opérations sur le territoire syrien, même si Daech y est actif.

Neuvièmement. Ce point n’est certainement pas le moins important : nous devons faire en sorte que les jeunes de chez nous ne se sentent pas interpellés d’abord par des enjôleurs extrémistes. Le gouvernement fédéral soutient par conséquent les multiples activités et projets qui encouragent la tolérance, qui renforcent les compétences sociales et le sens de la démocratie, en particulier auprès des jeunes et de leurs parents. Nous devons saper toute forme de discrimination et de violence extrémistes, déjà au sein des familles.

Mesdames et Messieurs, les terroristes affirment qu’ils veulent frapper l’État et ses représentants, l’Occident, un système ou ce qui s’y apparente. À l’origine de leur geste, il y aurait une enfance difficile, l’échec dans leur parcours scolaire, le fait de se sentir désavantagé. D’autres disent que la religion aurait également son rôle. – Non, tout cela ne me convainc pas.

Chaque terroriste qui fait exploser une bombe ou tire avec une arme à feu sait qu’il frappe des êtres humains, qu’en général il ne connaît même pas, qui ne lui ont rien fait, qui ne lui doivent rien. Chaque terroriste prend donc une décision personnelle et individuelle, de laquelle il doit répondre. Cette décision ne peut pas se justifier par une enfance malheureuse. De même qu’elle n’a rien à voir avec la religion dans son ensemble.

(Applaudissement de la CDU/CSU, du SPD et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Peut-être a-t-elle à voir avec une interprétation particulière et présomptueuse de la religion, qui estime que l’on peut agir, punir et tuer à la place de Dieu. Cela, pour moi, c’est un blasphème, et rien d’autre.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

Les motivations concrètes du terrorisme se trouvent ailleurs. Elles résident dans la conviction que l’on est au-dessus des autres parce que l’on pense être le représentant de Dieu, parce que l’on s’attribue une mission historique, parce que l’on estime être supérieur aux autres par la foi, l’origine, la descendance ou le sexe.

La très grande majorité des personnes qui vivent en Allemagne ne sont pas des ennemis de l’islam. Elles sont peu sûres de leur opinion, voire désorientées. Elles n’ont pas grandi avec le Coran ; moi, non plus. Elles acceptent difficilement que je soutienne les propos de l’ancien Président fédéral, M. Wulff, lorsqu’il a déclaré lors de la journée de l’Unité allemande, en 2010 – je cite à nouveau :

« Mais avant tout, il nous faut adopter une attitude claire. Une conception de l’Allemagne qui ne se limite pas à une appartenance indiquée sur un passeport, à une histoire familiale ou à une confession, mais qui soit plus large. Le christianisme fait sans nul doute partie de l’Allemagne. Le judaïsme fait sans nul doute partie de l’Allemagne. Telle est notre histoire judéo-chrétienne. Mais désormais, l’islam fait aussi partie de l’Allemagne. »

(Applaudissements du SPD, de LA GAUCHE, d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de la CDU/CSU)

Les gens me demandent à quel islam je pense lorsque je cite ces propos. Ils veulent savoir pourquoi des terroristes accordent si peu de valeur à la vie humaine et associent toujours leurs crimes à leur foi. Ils demandent comment on peut encore croire à cette phrase répétée sans cesse selon laquelle les assassins qui invoquent l’islam pour justifier leurs actes n’auraient rien à voir avec l’islam. Je le dis clairement : ce sont des questions légitimes. J’estime importante l’élucidation de ces questions par le clergé de l’islam, et je l’estime urgente. Elles ne sauraient être éludées plus longtemps.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD, de députés d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de Mme Katja Kipping [LA GAUCHE])

Mesdames et Messieurs, nous avons tous en tête une certaine image de celui qui nous est étranger. Personne n’y échappe. Ces images sont issues de ce que l’on a vécu, entendu, de nos propres idées, non vérifiées, mais aussi de nos craintes. Elles sont en partie justes et en partie fausses. Chez certains, ces images de l’autre deviennent des stéréotypes hostiles. Il est possible de l’empêcher par l’information et la connaissance.

Sur le long terme, seule la démocratie comme principe de vie peut nous venir en aide. Dans les écoles, les adolescents peuvent apprendre comment on développe son point de vue, et voir qu’à la fin, c’est le meilleur argument qui compte. Dans les représentations scolaires ou de la jeunesse, ils peuvent apprendre comment on fait valoir des revendications légitimes et comment on fait des compromis. Les conseils d’entreprise et les commissions paritaires peuvent aussi être des écoles de démocratie, tout comme les clubs sportifs, où l’on peut apprendre combien le respect des règles est profitable à tous.

De très nombreux citoyens de notre pays s’engagent dans les villes et dans les communes. Ils débattent parce qu’ils connaissent leur sujet. Beaucoup trouvent le chemin des assemblées municipales. Ils se présentent au choix des électrices et des électeurs. Des milliers de personnes consacrent leur temps libre à l’engagement dans l’œuvre d’assistance des églises. Jusqu’à un âge avancé, des femmes et des hommes travaillent pour d’autres, veillent à ce que des personnes de leur âge ne manquent de rien, les accompagnent, apportent de la lecture aux patients dans les hôpitaux, restent à leur chevet, pour entamer une conversation. Ces citoyens, ce sont les héros silencieux de notre vie.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

Nous devons secouer notre société pour ce principe de vie qu’est la démocratie : pour se parler, pour décider ensemble, pour venir en aide, pour être responsables. Rien ou presque n’est plus important dans notre vie que de savoir que l’on est estimé, que l’on a besoin de nous et que l’on est respecté dans cette grande communauté citoyenne reposant sur la liberté et la responsabilité. C’est notre contre-projet face au monde du terrorisme, et il est plus fort que le terrorisme.

Merci beaucoup.

(Applaudissements prolongés de la CDU/CSU et du SPD – Applaudissement de députés de LA GAUCHE et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

M. Norbert Lammert, président :

J’ouvre le débat et je donne la parole à M. Gregor Gysi, pour le groupe parlementaire La Gauche.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

M. Gregor Gysi (LA GAUCHE)

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Madame la Chancelière, je vous rejoins pleinement dans la condamnation la plus ferme des attentats terroristes que nous avons vécus. Je salue aussi la condamnation de ces attentats par tout le Bundestag : cela me semble aller de soi.

Ces attentats sont une attaque à la démocratie, à la liberté d’opinion, à la liberté de la presse et au droit à la vie. Il est parfaitement légitime de considérer que la satire est tantôt de bon goût, tantôt de mauvais goût. Mais la satire a tous les droits, sinon elle perd son caractère.

(Applaudissements de LA GAUCHE et de députés du SPD)

Le rassemblement silencieux à la porte de Brandebourg, à l’invitation des associations musulmanes, a été un grand événement pour moi. La condamnation commune des actes terroristes par des chrétiennes et des chrétiens, des musulmanes et des musulmans, des juives et des juifs, des athées, bref, par la société tout entière, était un acte important.

Mais nous devons maintenant empêcher la récupération des attentats terroristes par les organisateurs du mouvement Pegida.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Il faut promouvoir un vivre ensemble démocratique, tolérant et ouvert sur le monde, avec des citoyens pacifiques, y compris d’autres cultures et d’autres religions. La grande majorité des personnes descendues dans la rue l’ont fait au nom de ces objectifs. Pegida est l’expression d’une minorité, ce n’est pas l’expression du peuple. La grande majorité pense et agit de manière totalement différente.

(Applaudissements de LA GAUCHE et de députés du SPD et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Il est donc important que nous condamnions fermement Pegida. Personne ne doit songer à devenir le bras parlementaire de ce mouvement.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Il existe des craintes abstraites face à l’étranger. Nous devons redonner une place dans la société aux sympathisants de ce mouvement qui ne sont pas des nazis ; la chose est suffisamment difficile. Il nous faut une campagne d’information commune, par une alliance de tous les groupes parlementaires du Bundestag, de toutes les confessions religieuses et de tous les syndicats, avec le concours du monde artistique, de la culture, du sport et des sciences.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Mais la responsabilité principale, elle réside au niveau de la politique. Je le dis clairement ici : nous avons tous échoué à faire reculer les peurs. Nous devrions faire notre autocritique à ce sujet.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Des personnes dans la détresse ont besoin d’aide. L’État et la société ont l’obligation de les aider. Cela ne vaut pas seulement pour de réfugiés traumatisés par la guerre et la guerre civile, mais pour tous les citoyens qui sont dans un profond besoin. C’est pourquoi nous devons dire merci à tous ces aides bénévoles – comme vous l’avez fait, Madame la Chancelière – qui passent tant de temps à aider les réfugiés et les autres.

(Applaudissements de LA GAUCHE et de députés du SPD et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Mais j’ajouterai : les manifestants de Pegida, s’ils étaient dans la même situation que les réfugiés, réclameraient et attendraient également de l’aide, et probablement, ils l’obtiendraient. La demande du groupe CDU/CSU d’avoir des services secrets plus forts et des lois plus sévères, et notamment de mettre en place un système de conservation des données – cela vaut aussi pour ce que vous avez dit sur le sujet, Madame la Chancelière – ne résoudra pas ces problèmes, bien au contraire.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Chaque fois que cette tentative a été entreprise, elle est restée sans effet. En France, il y a une saisie à grande échelle des données ainsi qu’une collaboration très étroite entre les services secrets et la police. Cela n’a cependant pas pu empêcher les terribles attentats. C’est donc le contraire qui est exact : des droits étendus pour les citoyens et une démocratie plus forte sont des conditions importantes dans la lutte contre le terrorisme.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Le terrorisme pour lequel l’islam est abusé a ses causes. Al-Qaida et le groupe « État islamique » sont la conséquence et le produit d’interventions militaires. Al-Qaida est né lors de la guerre en Afghanistan, durant l’occupation soviétique. À l’époque, les États-Unis armèrent les talibans et ce groupe terroriste en lutte contre l’Union soviétique, selon le principe « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». C’est la même logique qui a prévalu dans la guerre civile en Syrie. Les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et d’autres pays du Golfe ont soutenu des organisations terroristes dans leur lutte contre Assad. C’est ainsi qu’est né le groupe « État islamique ». Ce n’est que trop tard, bien trop tard, que ce soutien ouvert a été interrompu. La guerre en Irak de 2003 fut contraire au droit international ; elle a été une grande erreur, aux conséquences désastreuses.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Si nous voulons combattre efficacement les causes et les conditions du terrorisme, cela veut dire que nous devons soutenir partout dans le monde le respect du droit à la vie.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Cela nécessite alors de considérer ce qui suit. Premièrement. Les stratégies de l’OTAN et des États-Unis d’induire des changements de régime et d’imposer des intérêts économiques depuis l’extérieur, par la guerre, n’ont pas seulement échoué. La guerre détruit la vie. Elle conduit au mépris du droit à la vie. Ce mépris est l’une des conditions du terrorisme. La guerre génère toujours plus de haine, laquelle peut conduire au mépris de la vie, mais aussi à l’inclination au terrorisme. Lorsque des participants à une fête de mariage sont tués en Afghanistan et que leur mort est comptée parmi les dommages collatéraux de la guerre, que croyez-vous, vous, des groupes CDU/CSU, du SPD et des Verts, que cela va engendrer : de l’amitié, de la reconnaissance ou de la haine ?

On ne peut pas imposer par la force une autre culture à d’autres sociétés. La guerre en Afghanistan devait détruire Al-Qaida. L’organisation terroriste s’est cependant limitée à migrer vers le Pakistan, où elle vient d’assassiner plus d’une centaine d’enfants. La détresse et le désarroi se sont accrus en Afghanistan. Vous savez tous que votre décision en faveur de la guerre en Afghanistan était mauvaise, mais vous n’avez pas le courage de l’admettre et d’en tirer les conséquences qui s’imposent.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Sans cet armement fautif de groupes rebelles en Syrie, sans cette guerre fautive en Irak, le groupe « État islamique » n’existerait pas, du moins pas dans sa forme actuelle.

(Applaudissements de députés de LA GAUCHE)

Les États sont détruits en Libye, en Irak, au Soudan et en Somalie. Si l’on veut vaincre le terrorisme, il faut arrêter les guerres.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

L’Allemagne ne doit plus jamais participer à des guerres, et jeter le droit international par-dessus bord – comme dans la guerre de Yougoslavie. Deuxièmement. Les exportations d’armes allemandes, du moins celles destinées à des dictatures et à des zones de crise et de guerre, doivent être stoppées immédiatement, y compris, et particulièrement, vers cette Arabie saoudite qui manie volontiers le fouet.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Troisièmement. Le terrorisme exploite aussi la faim, la pauvreté, la misère et la scolarisation défaillante, ou la crainte des gens de connaître ces maux. La lutte contre la faim, la pauvreté, la misère et la scolarisation défaillante n’est donc pas seulement nécessaire pour des motifs humanitaires et de justice sociale, mais pour venir à bout des conditions qui favorisent le terrorisme et pour accroître le respect de la vie humaine.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Chaque année, 70 millions de personnes meurent sur la terre, et parmi elles 18 millions meurent de faim ou des conséquences de la faim, bien que nous possédions à l’échelle mondiale les ressources alimentaires suffisantes pour nourrir deux fois l’humanité. Nous ne pouvons pas répondre aux questions de ceux qui ont faim, nous devons vaincre définitivement la faim dans le monde.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

Il y a de plus en plus de richesses, concentrées dans un nombre de mains toujours plus réduit, et par ailleurs, la pauvreté s’étend à travers le monde, y compris en Europe, y compris en Allemagne. Nous avons besoin d’une autre politique du développement pour les régions en crise, une politique qui surmonte la détresse et la misère, qui permette le développement ; ce ne sont pas les intérêts économiques de nos grands groupes qui doivent dicter cette politique. Elle est par ailleurs également la meilleure politique de paix, et la meilleure politique de lutte contre les causes des migrations.

Quatrièmement. Les questions qui touchent toute l’humanité, comme le développement durable en écologie ou les actions à entreprendre pour empêcher une catastrophe climatique doivent enfin être résolues. Si des intérêts économiques prennent le dessus, précisément pour les grands États, cela conduit au mépris du droit à la vie.

Dès lors, si nous voulons combattre efficacement le terrorisme, et aussi pour beaucoup d’autres raisons, il nous faut un changement de cap dans la politique, précisément aux États-Unis et dans tout l’Occident, et aussi ici, en Allemagne. Considérons sérieusement la situation et discutons ensemble de ses conséquences.

(Applaudissements de LA GAUCHE)

M. Norbert Lammert, président :

Je donne la parole à Mme Kotting-Uhl pour une brève intervention.

Mme Sylvia Kotting-Uhl (ALLIANCE 90/LES VERTS)

Monsieur Gysi, j’ai demandé la parole pour une remarque incidente lorsque vous avez dit que l’entrée en guerre en Afghanistan était l’une des causes de l’attaque terroriste qui a eu lieu ces derniers jours, et du terrorisme en général, tel que nous le connaissons. En tant que parlementaire, je n’ai jamais été favorable à ces interventions en Afghanistan, je n’ai voté pour aucune de ces interventions, je les ai au contraire rejetées fermement, au demeurant avec des arguments proches des vôtres et de ceux du groupe La Gauche ; je tiens par conséquent à m’inscrire en faux contre l’insinuation selon laquelle l’ensemble de ce parlement, à l’exception du groupe parlementaire La Gauche, est coresponsable du terrorisme actuel. Le terrorisme existait avant l’intervention en Afghanistan.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de la CDU/CSU et du SPD)

M. Norbert Lammert, président :

La parole est à présent à M. Thomas Oppermann, pour le groupe SPD.

(Applaudissement du SPD et de députés de la CDU/CSU)

M. Thomas Oppermann (SPD) :

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, avec les attentats commis à Paris, les terroristes n’ont pas voulu semer la crainte et la terreur seulement en France, mais dans l’Europe tout entière. C’était une attaque contre la presse libre, c’était une tentative d’intimider des citoyens libres, vivant dans une société ouverte, mais sur ce point, les terroristes ont échoué ; ils n’ont pas atteint leur but.

(Applaudissements du SPD, de députés de la CDU/CSU et de M. Anton Hofreiter [ALLIANCE 90/LES VERTS])

En effet, les Français ont donné ce dimanche la réponse la plus forte que l’on pouvait imaginer. Ils n’ont pas appelé aux représailles et à la vengeance, ils n’ont pas réclamé un État policier. Ils sont descendus par millions dans la rue pour exprimer leur deuil, mais aussi pour dire clairement ceci : nous ne nous laissons pas diviser par les terroristes, nous sommes unis, nous faisons front face au terrorisme, et nous défendons la liberté, la démocratie et l’humanité.

(Applaudissement du SPD et de la CDU/CSU)

La France a ainsi impressionné le monde en montrant que la liberté et la démocratie sont plus puissantes que les forces destructrices de la terreur et de la haine. Je trouve que nous devons être reconnaissants de cela aux Français.

(Applaudissements du SPD et de députés de la CDU/CSU et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Les attentats terroristes de Paris portent notre regard sur la situation des musulmans en Allemagne ; ils vivent en effet des temps difficiles. Leur foi, leur religion, l’islam, n’est désormais plus présentée que sous les traits haineux du djihadisme à travers les informations qui nous parviennent chaque jour sur les guerres au Proche-Orient et en Afrique. Soir après soir, ces images marquent les esprits. Il est déjà suffisamment pénible que les terroristes se réclament de l’islam et foulent ainsi aux pieds la sensibilité religieuse de nombreux musulmans pacifiques. Ceux qui, maintenant, mettent des millions de musulmans allemands attachés à la paix dans le même sac que des terroristes, ceux-là jettent de l’huile sur le feu et se montrent irresponsables politiquement.

(Applaudissements du SPD et de députés de la CDU/CSU et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Nous le savons tous : cela peut facilement mener à une escalade de la violence. C’est pourquoi nous devons maintenant prendre la défense des musulmans.

(Applaudissements du SPD, de députés de la CDU/CSU et d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de M. Stefan Liebich [LA GAUCHE])

J’invite instamment l’organisation Pegida et ses manifestants à cesser de répandre un climat hostile contre ceux qui pratiquent une autre foi et contre les immigrés en Allemagne.

(Applaudissements du SPD et de députés de la CDU/CSU, de LA GAUCHE et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Ces gens auraient dû écouter le Président fédéral lorsqu’il a déclaré mardi, devant les personnes rassemblées sur la Pariser Platz : que nous soyons juifs, chrétiens, musulmans ou non-croyants, « Nous tous, nous sommes l’Allemagne ! » – Voilà ce que Pegida devrait avoir à cœur !

(Applaudissement du SPD et de députés de la CDU/CSU)

Je suis heureux de voir les quelque 100 000 personnes qui sont descendues dans la rue à Leipzig, à Munich, à Hanovre, à Berlin et dans d’autres villes afin de protester contre ce mouvement. Cela montre que le cœur démocratique de l’Allemagne n’entend pas rester silencieux face aux actions inqualifiables de Pegida.

(Applaudissements du SPD et de députés de la CDU/CSU et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Mais nous devons aussi nous demander pourquoi plus de 500 jeunes gens en Allemagne ont rejoint les milices du terrorisme islamiste. Avec son idéologie de violence, de puissance et de martyre, celui-ci exerce manifestement un grand pouvoir d’attraction sur un nombre de jeunes sans cesse croissant. Sous couvert de religion, il abuse de la faiblesse de ces jeunes. Celui qui n’a pas de diplôme scolaire en mains, qui ne trouve pas de travail, qui n’a que peu conscience de sa propre valeur, qui se sent exclu et n’entrevoit aucune chance de s’en sortir par le haut, celui-là est plus facilement une proie pour ce genre d’idéologie. Mme la chancelière a souligné à juste titre que cela ne peut justifier en aucune manière le terrorisme et la violence.

Cependant, il n’en est pas moins vrai que l’exclusion est toujours le terreau de la radicalisation. C’est pourquoi nous devons empêcher d’emblée cette radicalisation.

(Applaudissements de députés du SPD)

C’est donc une bonne chose que la ministre de la Jeunesse ait augmenté les moyens destinés à la prévention. Nous disposons de tous les instruments nécessaires en matière de politique du marché du travail. Nous devons encourager les jeunes et être exigeants avec eux, et nous devons les sortir de cette impasse avant que les prédicateurs de haine salafistes ne puissent venir les y chercher.

(Applaudissements du SPD et de députés de la CDU/CSU et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Dans ce contexte, les associations musulmanes en Allemagne doivent naturellement nous soutenir aussi. Mesdames et Messieurs, la prévention est utile surtout sur le long terme. Mais à l’heure actuelle, nous devons dire que ce qui s’est passé à Paris peut se passer n’importe où en Europe. Ici, en Allemagne, nous avons certainement eu beaucoup de chance. Mais ces dernières années, nous sommes parvenus à déjouer plusieurs attentats. C’est pourquoi j’ai confiance dans nos forces de sécurité et je veux les remercier ici tout particulièrement pour leur travail difficile.

(Applaudissements du SPD, de la CDU/CSU et de députés d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Les citoyens attendent à juste titre que nous fassions tout pour les protéger de ce terrorisme. Ce sont surtout les nombreux combattants qui reviennent de Syrie ou d’Irak qui représentent un danger potentiel. Hier, le gouvernement a adopté le projet de loi du ministre de l’Intérieur qui permet de retirer leur carte d’identité aux djihadistes prêts au combat lorsqu’ils veulent quitter le territoire. Le ministre de la Justice présentera un projet de loi sur la lutte contre le financement du terrorisme et sur le renforcement des sanctions pénales contre ceux qui se rendent dans les camps d’entraînement terroristes. Ce sont des mesures justes et nécessaires.

Mais seules, les lois ne suffisent pas. Je veux que nos forces de sécurité soient en mesure de traquer 24 heures sur 24 les combattants de retour qui sont prêts à passer à l’acte – ce que j’ai lu aujourd’hui dans la presse au sujet des activistes de Daech à Wolfsburg me renforce dans cette idée. Aucun des combattants de retour de Syrie et prêt à des actes violents ne doit plus se sentir inobservé, Mesdames et Messieurs.

(Applaudissement du SPD et de la CDU/CSU)

Et si les moyens humains ne suffisent pas, il faut les augmenter sans délai. Quant au thème de la durée minimale de conservation des données, nous devrions aussi en parler sereinement au sein de la coalition.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Dans le contrat de coalition, nous avons convenu ceci :

Nous transposerons la directive européenne sur la collecte et l’utilisation des données de connexion dans le domaine des télécommunications.

Nous nous sentons tenus par cet engagement. Cependant, cette transposition n’est pas possible à l’heure actuelle, puisque la Cour de justice européenne a invalidé la directive et a posé des conditions très strictes pour sa réécriture. C’est donc maintenant à la Commission européenne d’élaborer une nouvelle directive. Nous devons attendre celle-ci.

(Mme Sabine Weiss [circ. Wesel I] [CDU/CSU] : Ce n’est pas exact !)

C’est ce que nous commande aussi le respect pour les deux plus hautes juridictions de l’Allemagne et de l’Union européenne. Nous devons certainement mener l’ensemble de cette discussion avec lucidité et avec sérénité – j’approuve Mme la chancelière sur ce point, et le Premier ministre français l’a également souligné dans son discours devant l’Assemblée nationale ; en effet, si nous appliquons des restrictions trop sévères à notre liberté, au nom d’une sécurité supposée parfaite, nous aurons à la fin perdu l’une comme l’autre, et n’aurons ni liberté, ni sécurité.

(Applaudissement du SPD et de députés d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Si nous voulons couper les racines du mouvement Pegida et des démagogues qui l’entourent, nous devons aussi tenir un langage clair sur l’immigration. Au cours de la décennie à venir, l’Allemagne verra sa population active diminuer chaque année de 400 000 personnes, et ce manque ne pourra pas être comblé en comptant uniquement sur l’augmentation de la participation des femmes ou sur les mesures de formation pour les chômeurs. Il nous faudra pour cela des immigrés qualifiés en grand nombre, et nous devons tous nous y préparer.

(Applaudissements de députés du SPD)

L’Allemagne est, aujourd’hui déjà, une terre d’immigration. À l’échelle mondiale, nous sommes le troisième pays qui attire le plus d’immigrés. Rien que ces deux dernières années, nous avons vu arriver chez nous plus de 900 000 migrants de l’Union européenne, dans la grande majorité possède une formation bonne ou très bonne.

(M. Michael Grosse-Brömer [CDU/CSU] : Notre droit de séjour est formidable !)

Sans ces immigrés, notre sécurité sociale ne serait pas en boni. Sans ces immigrés et les impôts qu’ils paient, nous n’aurions pas atteint un budget à l’équilibre l’an dernier, Mesdames et Messieurs.

(M. Michael Grosse-Brömer [CDU/CSU] : Les choses marchent bien en Allemagne !)

Nous avons aussi besoin de l’immigration pour pouvoir payer les retraites d’une société vieillissante. Sans immigration, c’est l’activité d’investissement des entreprises qui se réduit : en effet, les entreprises n’investissent pas quand la population diminue. Nous ne pourrons rester une société de croissance que si nous sommes une société d’immigration. L’immigration est donc positive pour l’Allemagne. Plus particulièrement, la libre circulation à l’intérieur de l’Union européenne est un important moteur pour l’emploi. J’entends dès lors que nous discutions ensemble, au sein de la coalition, sur le sujet de l’immigration. Nous devons examiner les règles existantes, et nous devons débattre ouvertement des règles selon lesquelles des immigrants doivent venir en Allemagne. Les habitants de ce pays ont droit à un langage clair sur ce sujet.

(Applaudissement du SPD et de députés de la CDU/CSU)

Par ailleurs, il doit naturellement être totalement évident que nous acceptons chez nous les réfugiés qui viennent en Allemagne pour des raisons humanitaires. Nous devons les intégrer plus vite ; cela veut dire avant tout qu’il faut rapidement les familiariser avec la langue allemande en organisant des cours de langue. L’immigration transformera l’Allemagne. Notre pays devient plus international et plus diversifié. Mais, dans un monde globalisé, ce n’est pas un dommage ou un inconvénient ; au contraire, c’est un avantage : c’est un atout économique et culturel pour l’Allemagne. Il nous faut donc un rapport à l’immigration qui soit positif. Et nous devons y travailler ensemble, Mesdames et Messieurs. Je vous remercie.

(Applaudissement du SPD et de députés de la CDU/CSU)

M. Norbert Lammert, président :

M. Anton Hofreiter est l’orateur suivant, pour le groupe Alliance 90/Les Vertss.

M. Anton Hofreiter (ALLIANCE 90/LES VERTS)

Monsieur le Président, chers collègues, huit jours ont passé depuis les terribles attentats de Paris : huit jours de tristesse, huit jours d’état de choc face à ces attaques à notre liberté, à nos valeurs ; mais aussi huit jours qui, malgré l’effroi et la tristesse, nous ont donné du courage. En France, en Allemagne et partout dans le monde, les gens se sont serré les coudes. Nous ne sommes pas animés par la colère et la soif de vengeance, mais par la pondération, et un courage obstiné.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés du SPD)

Le message est sans équivoque : nous ne nous laisserons pas intimider. Nous ne laisserons personne nous priver de notre société libre et ouverte. Nous faisons bloc, pour la tolérance et pour une coexistence pacifique entre les différentes cultures et religions.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS, de députés du SPD, de LA GAUCHE, et de MM. Volker Kauder [CDU/CSU] et Franz Josef Jung [CDU/CSU])

Ces huit jours comportent une promesse. La promesse que les terroristes ne réussiront pas à nous diviser ; nous ne céderons pas sur nos valeurs. La promesse que, face à l’horreur, nous sommes conscients de nos forces : les droits de l’homme, la démocratie, les droits des citoyens, la liberté d’opinion et la liberté de la presse, notre cohésion. Cela n’est pas facile. C’est pour nous tous un défi que de faire de cette promesse une réalité. Mais c’est la seule réponse que nous pouvons apporter aux attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et contre le supermarché kasher, aux attentats contre la liberté de la presse, contre la liberté de religion.

Chers collègues, les auteurs des attentats de Paris étaient des Français. Au départ de l’Allemagne et de l’Europe, des centaines de jeunes gens se rendent au Proche-Orient pour semer la violence et la terreur. Ils sont Européens, ils sont Allemands. Ce ne sont pas des étrangers, ce ne sont pas des autres, ce sont les fils, et parfois même les filles de notre société. Qu’est-ce qui pousse des jeunes gens à des actes à ce point inhumains ? Qu’aurions-nous pu faire pour les détourner de ce chemin de haine et de violence ? Et que pouvons-nous faire à l’avenir ?

L’intégration et l’éducation font certainement partie de la réponse. Nous avons besoin de prévention. Nous devons empêcher que des jeunes gens deviennent des fondamentalistes brutaux et imprévisibles.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de la CDU/CSU, du SPD et de LA GAUCHE)

Dans le même temps, nous devons réfléchir à la manière dont nous pouvons ramener à notre société le plus grand nombre possible de ceux qui se sont déjà radicalisés, même si cela peut sembler très difficile. Ce n’est que si nous nous attaquons aux racines de la haine au cœur de notre propre société que nous pourrons tenir la promesse de ces huit derniers jours. À cet égard, nous avons tous – chrétiens, musulmans, juifs, agnostiques, athées – une très grande mission devant nous.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS, de députés du SPD et de M. Stefan Liebich [LA GAUCHE])

Chers collègues, le terrorisme nous défie à l’intérieur même de l’Europe. Comment pouvons-nous assurer la sécurité de nos concitoyens ? Notre force et notre sens de la mesure sont mis à l’épreuve. La colère est mauvaise conseillère. Les gouvernements occidentaux ont déjà ignoré une fois ce sens de la mesure. Après le 11 septembre 2001, ils ont en partie perdu de vue nos valeurs. Au nom de la lutte contre le terrorisme, la politique a restreint les libertés de manière disproportionnée. En Allemagne aussi, les droits fondamentaux n’ont pas été respectés, et la protection des données a été violée. Comme il ressort du rapport du Sénat américain, nous avons aidé en Europe les États-Unis dans la pratique de la torture. Ce faisant, nous avons porté atteinte à notre crédibilité, à nos propres valeurs. Nous ne pouvons plus commettre une nouvelle fois ces erreurs. Nous ne pouvons pas oublier cette leçon.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de LA GAUCHE)

L’extension de la conservation des données et un durcissement supposé des lois sont de mauvais réflexes. Quand notre liberté est attaquée, nous ne pouvons tout de même pas abandonner nous-mêmes cette liberté.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de LA GAUCHE)

La sécurité est au service de la liberté, au service des personnes, et non le contraire. La conservation des données concernant tous les citoyens, y compris l’ensemble des citoyens irréprochables, n’a aucun sens face aux kalachnikovs. C’est ce que les attentats de Paris ont démontré. En France, la conservation des données existe depuis 2006. Elle est disproportionnée. Elle fait peser un soupçon généralisé sur tous les citoyens. Les auteurs des attentats étaient de toute façon déjà connus de la police. Il nous faut une police bien équipée, disposant de suffisamment de moyens financiers et humains, afin qu’elle puisse exercer un travail de police sérieux, conforme à l’État de droit.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de LA GAUCHE)

Les sociétés ouvertes sont vulnérables, et elles le seront toujours. Nous devons avoir le courage de l’admettre. Alors seulement, nous pouvons agir de manière sensée. Alors seulement, nous pouvons tenir la promesse de ces huit derniers jours. Chers collègues, dans une société ouverte, la critique peut être si dure qu’elle en est blessante. La satire peut faire mal. Mais la réponse ne peut jamais être la violence.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de la CDU/CSU, du SPD et de LA GAUCHE)

Et pourtant, c’est par la violence que les auteurs des attentats de Paris ont répondu. Sans que plus rien ne les arrête, ils ont assassiné des hommes et des femmes : un acte sauvage, aveugle. Pour le commettre, ils se sont réclamés de l’islam. Mais ce n’est pas un combat de l’islam contre l’Occident, mais un combat des ennemis de la liberté contre les amis de la liberté. La plupart des victimes du terrorisme islamiste dans le monde sont elles-mêmes musulmanes. Presque au même moment que les attentats à Paris, des terroristes fondamentalistes de Boko Haram ont assassiné des centaines de personnes au Nigéria. En Syrie, en Irak, les terroristes de Daech pratiquent le meurtre et la torture.

La violence au nom de la religion est un problème que connaissent beaucoup de religions. Ce n’est pas un problème singulier de l’islam. Mais une partie de la réponse doit être trouvée dans le conflit au sein même de l’islam. Dans le monde entier, des imams ont une fois encore condamné la haine et la violence. Le conseil central des musulmans a, avec d’autres, appelé à une manifestation pour la tolérance et l’ouverture sur le monde. Beaucoup d’entre nous, députés du Bundestag, étions à la porte de Brandebourg. Nous remercions le conseil central des musulmans pour son initiative.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS, du SPD, de LA GAUCHE et de députés de la CDU/CSU)

Des millions de musulmans dans le monde sont effarés devant ce qui est commis au nom de leur religion. Ils ne laissent planer aucun malentendu sur le fait qu’ils n’accepteront pas cette récupération. Mais ce n’est que si le discours critique se poursuit au sein de l’islam et si nous sommes aux côtés des musulmans que nous pourrons tenir la promesse des huit derniers jours.

(Applaudissement de députés d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Chers collègues, ces huit derniers jours, nous avons vu se multiplier les gestes de tolérance, de cohésion et d’entraide. Je suis d’autant plus indigné quand je regarde en direction de Dresde et que je vois que des milliers de partisans de Pegida y ont à nouveau envahi les rues lundi dernier. Ceux qui marchent avec Pegida veulent une société fermée, une société qui exclut, tant à l’intérieur d’elle-même qu’à l’extérieur, une société qui, en fin de compte, produit davantage de haine.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés du SPD)

Nous ne pouvons pas fermer les yeux devant ces fractures dans notre société. L’antisémitisme fait hélas encore et toujours partie de la triste réalité en Allemagne et en Europe. Beaucoup de personnes en Allemagne ont des préjugés contre l’islam. Les partis d’extrême droite et populistes à la Le Pen attirent beaucoup d’électeurs.

L’Europe connaîtra une série de scrutins importants en 2015 : en Grèce, en Espagne, en Grande-Bretagne, en France. Ces élections ne décideront pas seulement de la politique nationale, mais aussi du futur de l’Europe. C’est maintenant à nous, Européens, de montrer l’Europe que nous voulons : une Europe qui est du côté des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie. Ces derniers jours me font espérer que les citoyens redécouvrent que ce que nous avons gagné avec l’Europe, ce pourquoi nous tenons à l’Europe – une Europe où les gens discutent à nouveau entre eux, une Europe où les gens s’intéressent les uns aux autres, une Europe où les gens défendent les valeurs et défendent leurs concitoyens, une Europe vivante.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés du SPD)

La très grands majorité des citoyens se rend compte qu’il est temps d’afficher sa position : contre le racisme, contre les préjugés, contre le rejet de l’humanité. Ce n’est que si nous défendons ensemble la démocratie et la liberté que nous pourrons tenir la promesse de ces huit derniers jours. Oui, ces huit derniers jours me donnent un grand espoir. Merci beaucoup.

(Applaudissements d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés du SPD et de LA GAUCHE)

M. Norbert Lammert, président :

M. Volker Kauder a maintenant la parole, pour le groupe CDU/CSU.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

M. Volker Kauder (CDU/CSU) :

Monsieur le Président, chers collègues, lorsque la nouvelle des crimes atroces de Paris nous est parvenue, nous avons d’abord été sans voix, et ne pouvions même pas croire que des terroristes pénètrent dans la rédaction d’un journal, appellent les journalistes un à un, et les abattent à mesure qu’ils égrenaient leurs noms. Cette dimension-là, nous ne l’avions encore jamais connue. Nous nous inclinons tous devant les proches des victimes, devant nos amis français. Oui, il est tout à fait juste que la première conséquence que nous tirions de ce crime terrible est de dire que nous faisons bloc en Europe.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD et de députés de LA GAUCHE et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

La manifestation de dimanche dernier à Paris a montré de manière imposante comment nous faisons bloc. Mardi, à la porte de Brandebourg, nous avons montré que l’Europe fait bloc face à ce qui est peut-être l’un de ses plus grands défis, afin de défendre l’humanité et la démocratie. J’ai été particulièrement impressionné par le fait qu’ici à Berlin, comme dans d’autres villes d’Allemagne, les gens se sont rassemblés par milliers, spontanément, sans que personne n’ait organisé quoi que ce soit. Ce que nous avons vu à la porte de Brandebourg, c’est une Allemagne dont nous pouvons être fiers.

(Applaudissements de la CDU/CSU et du SPD et de députés d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Toutes les composantes de la société étaient là, tous les groupes religieux. Cela m’a impressionné. Il y a cette phrase du Président fédéral, à la fin de son discours, qui doit nous guider : « Nous tous, nous sommes l’Allemagne » – nous tous, qui vivons ici en Allemagne : musulmans, juifs, chrétiens, membres de tous les autres groupes religieux.

(Applaudissements de la CDU/CSU, de députés du SPD et d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de M. Gregor Gysi [LA GAUCHE])

Il y a des événements dans la politique, dans la vie personnelle, après lesquels plus rien n’est comme avant. Beaucoup d’entre nous ressentent que ce qui s’est passé à Paris, et les manifestations de solidarité qu’il y a eu chez nous aussi, pourraient peut-être changer certaines choses à une vitesse que nous n’osions même pas espérer auparavant.

Au cours de mes nombreuses rencontres avec des chrétiens, des musulmans, des hindous et des représentants d’autres religions, j’ai appris ce que cela signifie quand on est tourmenté et persécuté en raison de sa foi et de ses idées. J’ai souvent vu que les réactions après des attentats contre des églises et d’autres institutions étaient contrastées, voire hésitantes. Nous avons d’autant plus le devoir de prendre acte – et nous prenons acte – que les musulmans ont, face à ces événements, pris sans équivoque leurs distances de toute violence. Lors de la manifestation du conseil central des musulmans, qui m’a beaucoup ému, il a été rappelé que le meurtre et le terrorisme n’ont rien à voir avec l’islam.

(Applaudissements de la CDU/CSU et du SPD et de députés d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

La discussion nécessaire, et aussi difficile, n’est cependant pas terminée pour autant. Elle doit se poursuivre, et elle se poursuivra. Je rejoins l’ensemble de ceux qui ont affirmé ce matin que c’est là une mission qui incombe aux musulmans eux-mêmes et que nous devons les soutenir dans cette mission, en reconnaissant que les choses bougent. Mais il doit aussi être clair – comme l’ont souligné aussi bien le président du Bundestag que la chancelière – que personne ne peut disposer des valeurs et des droits de l’homme que nous avons hérités de la Révolution française et des Lumières, et pour lesquels les générations avant nous se sont battues, et que personne n’en disposera.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD, d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de LA GAUCHE)

Nous ne devons pas permettre non plus que les droits universels de l’homme soient vus par certains – la tentative est de plus de plus fréquente – comme un acquis de l’Occident avec lequel les autres n’ont rien à voir. Je m’entends dire régulièrement dans des conversations : votre position en matière de droits de l’homme ne correspond pas à nos conceptions et à notre culture. – Chers collègues, les droits universels de l’homme sont ancrés dans la déclaration des droits de l’homme de l’ONU, et ils n’ont pas à correspondre avec les conceptions et la culture de tel ou tel pays. Nous devons les défendre.

(Applaudissements de toute l’assemblée)

La déclaration des droits de l’homme adoptée en 1948, c’est-à-dire au siècle dernier, contient des principes qui peuvent être repris dans notre époque actuelle. Chacun a le droit de vivre sa foi librement et publiquement, sans être menacé. Cela comprend naturellement aussi le droit de ne rien croire, qui est également protégé. La déclaration des droits de l’homme prévoit aussi expressément que chacun a le droit de changer librement de religion, que c’est un droit universel de pouvoir changer de religion. Presque tous les pays du monde – sauf quelques rares exceptions – ont souscrit à cette déclaration. On ne cesse d’être étonné de voir que même dans des pays qui ont signé la déclaration des droits de l’homme, ces droits ne sont pas, ou pas entièrement respectés. C’est pourquoi nous avons l’obligation que rappeler sans cesse la déclaration des droits de l’homme.

Mesdames et Messieurs, j’avais déjà souligné il y a de nombreuses années qu’il ne peut y avoir de liberté, où que ce soit dans le monde, s’il n’y a pas de liberté religieuse. J’ai toujours relevé – c’est une conclusion tirée des nombreux voyages que j’ai effectués – que le refus de la liberté de religion et l’oppression des populations qui les empêche de vivre librement leur foi sont à l’origine des plus grands conflits. Cela doit être rappelé particulièrement à un moment comme celui-ci. Ce constat implique de toute évidence que ceux qui défendent la liberté de religion dans le monde la défendent aussi naturellement dans notre pays. Je ne veux pas discourir ici des contenus des différentes religions. Je dis seulement ceci : la liberté religieuse dans notre pays signifie que chacun a le droit de construire ses lieux de prière ou ses lieux de culte. Et donc, les musulmans ont tout naturellement le droit, et nous les soutenons, de construire des mosquées ici, en Allemagne.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD et de députés de LA GAUCHE et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Mais cela veut dire aussi une autre chose – que je me dois d’affirmer après la visite du Premier ministre turc cette semaine en Allemagne – : de même que nous voulons que les musulmans puissent construire leurs mosquées ici, et nous nous engageons pour cela, nous voulons aussi que les chrétiens de Turquie puissent construire leur églises.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD, d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de députés de LA GAUCHE)

C’est encore loin d’être le cas.

Cela a été répété plusieurs fois aujourd’hui, à juste titre : nos valeurs, qui incluent naturellement les droits et libertés, et ce droit central de la liberté de la presse, ne peuvent être abandonnés. On a redit aussi combien la liberté de la presse est importante pour une société libre. Cela ne concerne toutefois pas la seule liberté de la presse, mais aussi la liberté artistique, la liberté d’exprimer son opinion à travers l’art. Il serait effrayant que des écrivains doivent dans le futur faire contrôler leurs livres avant de les publier. C’est inacceptable. La liberté de la presse, de l’art et de la culture doit être protégée.

(Applaudissements de la CDU/CSU, de députés du SPD et d’ALLIANCE 90/LES VERTS et de M. Gregor Gysi [LA GAUCHE])

Si nous regardons le monde autour de nous, nous constatons que la liberté de la presse est crainte particulièrement par ceux qui ne respectent pas intégralement les droits de l’homme et la liberté dans leur pays – et certains de ces pays se trouvent bien malheureusement dans notre voisinage immédiat. Il faut donc s’engager tout particulièrement pour cette cause. Naturellement, il peut arriver que des choses se passent qui ne plaisent pas à tout le monde. Mme la chancelière l’a souligné : la responsabilité fait partie de la liberté. Liberté et responsabilité sont les deux faces d’une même médaille.

Chacun doit bien sûr examiner lui-même où se situent les limites. Celles-ci ne peuvent cependant pas être fixées par la loi. Je ne veux certainement pas décréter par une loi si telle ou telle caricature est permise. Néanmoins, j’affirme ceci : tous, nous nous devons de faire toujours notre examen et de vérifier jusqu’à quel point, dans l’exercice de notre liberté, nous avons le droit de heurter les autres. Je ne peux que souligner qu’il convient de faire preuve d’une prudence particulière et de ne pas jouer de manière irresponsable avec les sentiments religieux et les symboles les plus sacrés d’une religion.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

Ce résultat ne peut être atteint par un durcissement des lois ; c’est la société qui est appelée à dire non et à affirmer : certes, nous voulons que cela soit possible, mais nous n’acceptons pas que cela soit fait. – Nous avons parfois de bonnes raisons de dire non, lorsque des symboles chrétiens sont frappés de cette manière. Mais ce serait aussi une bonne chose que les uns et les autres comprennent les musulmans et prennent leur défense lorsque leurs symboles les plus sacrés sont attaqués.

(Applaudissements de députés de la CDU/CSU et du SPD)

Je trouve qu’au niveau de la République fédérale, du gouvernement, mais aussi de la grande coalition, nous avons réagi de manière appropriée. Bien sûr, le gouvernement et le parlement doivent toutefois se poser la question : pouvons-nous encore faire quelque chose, pouvons-nous encore améliorer les choses pour réduire le risque d’un tel attentat ? Ce risque ne peut être totalement exclu. Il vient d’être décidé d’empêcher les jeunes gens prêts au départ de quitter le territoire, en leur retirant leur carte d’identité : je pense que cette mesure est bonne. Il est également pertinent de placer sous surveillance ceux qui reviennent en Allemagne.

Mais nous devons aussi nous poser une autre question. Toutes les personnes en charge des questions de sécurité dans les différents partis politiques nous disent que nous devons améliorer les possibilités de contrôle des données de communication afin d’en tirer des informations. C’est le concept de conservation des données ; ce concept ne me plaît pas beaucoup, mais pour le moment, il n’y a rien de mieux à proposer. Je voudrais évacuer ici un malentendu – vous venez de l’évoquer, Monsieur Hofreiter – : la conservation des données n’est pas exclusivement un instrument de prévention, mais un instrument d’enquête parmi beaucoup d’autres.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Sans cet instrument, nous ne saurions à peu près rien, et en France non plus. Je voudrais souligner que l’on a obtenu certaines informations – quelle était la taille de la cellule terroriste, qui a téléphoné à qui ? – uniquement grâce à l’accès à ces données.

(Mme Katrin Göring-Eckhardt [ALLIANCE 90/LES VERTS] : Pour cela, il ne faut quand même pas enregistrer les données de tous les citoyens, Monsieur Kauder !)

– Parlons-en calmement. – Cependant, comme nos fournisseurs d’accès à internet et nos sociétés de télécommunications offrent maintenant des forfaits illimités où toutes les données de connexion sont effacées après quelques heures, vous ne retrouverez plus personne. Comment voulez-vous découvrir des délits sur internet si plus personne n’y laisse de trace ? C’est pourquoi nous devons nous pencher sur la question de savoir si nous voulons utiliser cette possibilité ou non.

(Mme Katrin Göring-Eckhardt [ALLIANCE 90/LES VERTS] : C’est tout de même insensé !)

Je suis heureux de constater que les choses bougent manifestement sur ce sujet et que la disposition à entreprendre quelque chose – dans les limites constitutionnelles, bien sûr – s’est accrue.

Les citoyens doivent avoir le sentiment que nous faisons ce qui est possible. Il est donc également important de souligner que l’on ne doit pas se présenter devant l’opinion publique avec des formules inappropriées. Comme Pegida et les autres ont déjà été évoqués plusieurs fois à cette tribune, je voudrais ajouter ceci : nous avons pris clairement nos distances des déclarations de ce mouvement. Je reçois chaque jour des centaines de courriels parce que j’ai dit : certaines des formulations utilisées sont inacceptables. Je le redis une nouvelle fois : on entend dans ce mouvement des expressions que nous ne pouvons pas accepter et que nous rejetons.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD et de LA GAUCHE)

J’ai été dérangé que l’on parle à nouveau de ce groupe dans le débat de ce matin. Samedi dernier, à Dresde, 35 000 personnes étaient dans la rue – c’est plus que ce que Pegida peut rassembler – pour dire leur attachement à notre État de droit. Nous devrions en parler plus souvent. Nous devrions dire plus souvent qu’il y a des hommes et des femmes courageux, qui sont attachés à l’État de droit, à une société ouverte, libre et tolérante.

(Applaudissements de la CDU/CSU, du SPD et de députés de LA GAUCHE et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Les médias aussi devraient en parler plus souvent. Ils ne devraient pas relater les faits de ce groupe qui ne représente pas notre pays, mais parler plus souvent de ceux qui représentent ce que la toute grande majorité des habitants de ce pays estime juste. Mesdames, Messieurs, je voudrais encore faire une remarque. Monsieur Oppermann, si un partenaire de coalition veut que l’on discute d’un sujet, alors on en discute. Cela vaut pour vous, et cela vaut aussi lorsque nous voulons quelque chose et que nous voulons en discuter. Mais je voudrais quand même dire une chose : dans la discussion sur une loi relative à l’immigration, certains ont donné l’impression que nous agissions dans un vide juridique complet.

(Mme Christine Lambrecht [SPD] : C’était M. Tauber !)

– Non, ce matin, c’est notre collègue Oppermann qui a parlé, Madame la Députée. – Je voudrais seulement dire à ce sujet que, de votre point de vue, on peut bien sûr dire que l’on veut regarder de plus près telle ou telle chose. Mais nous avons devant nous un arsenal législatif complet pour l’immigration. Il n’y a pas de vide juridique.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Vous avez souligné à juste titre que sans immigration, nos systèmes de protection sociale, la situation du marché du travail, etc. auraient un tout autre aspect. On ne peut tout de même pas dire, d’un côté, qu’il y a eu une évolution positive – ce qui est exact –, et de l’autre côté, dire qu’il n’y a aucune règle et qu’il faudrait donc faire quelque chose. Je ne peux donc que conseiller ici aussi de faire preuve de plus de sang-froid. Nous avons fait énormément.

Il y a encore un point que je voudrais aborder. Nous avons fait en sorte que les procédures d’asile se déroulent plus rapidement et que, lorsqu’elles sont ici, les personnes puissent accéder plus rapidement à un travail. Tout cela est très bien formulé ; ce qui compte maintenant, c’est de transposer cela dans la réalité.

Je ne peux que dire ceci : ce serait un fait majeur, et c’est aussi un fait nécessaire pour que ces personnes ne vivent pas dans l’isolement et finissent par faire des bêtises, que nous puissions donner du travail et une formation à tous ceux qui cherchent du travail et une formation. C’est à mes yeux le point le plus important. Il ne faut pas parler de nouvelle immigration, mais de ceux qui sont là, et qui devraient enfin accéder à un travail et être intégrés dans la société.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Faire beaucoup dans ce domaine, c’est l’une des grandes missions qui nous attend. Cette mission, nous la remplirons. Et nous serons à vos côtés.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

M. Norbert Lammert, président :

La parole est à Mme Eva Högl, pour le groupe SPD.

(Applaudissements du SPD)

Mme Eva Högl (SPD) :

Monsieur le Président, chers collègues, Mesdames, Messieurs, les attentats de Paris ont été une attaque contre des femmes et des hommes désarmés. Ils ont été une attaque contre la liberté d’opinion et la liberté de la presse. Mais ces assassinats ont été avant toute chose une attaque contre notre société ouverte, contre nos valeurs et contre notre démocratie. Nous étions tous visés par ces attaques. Les auteurs des attentats veulent obtenir une chose : ils veulent faire planer une insécurité profonde sur les habitants de France, d’Allemagne, sur nous tous en Europe, et ils veulent diviser notre société. Mesdames et Messieurs, ils n’y arriveront pas.

(Applaudissements du SPD et de M. Franz Josef Jung [CDU/CSU])

Une chose est évidente pour nous : notre société démocratique ne peut pas se laisser intimider. Nous ne nous laissons pas priver de la liberté et de l’État de droit. Nous ne pourrons défendre la liberté que si nous conservons une société ouverte et libre, dans laquelle la liberté de presse et d’opinion, la liberté de religion, l’immigration et la diversité sont des évidences. C’est pourquoi nous réagissons au terrorisme, aux assassinats et à l’extrémisme avec mesure et par les moyens que nous procure notre État de droit ; nous ne sommes en effet pas sans armes.

Il n’y a du reste aucune raison de se mettre à légiférer à tout va.

(Applaudissements du SPD)

Le danger que représentent les extrémistes prêts à des actions violentes, qui reviennent des territoires de guerre de Syrie et d’Irak vers l’Allemagne, nous le connaissons. Nos autorités de sécurité sont à cet égard très attentives et capables d’agir. Nous combattons le terrorisme de manière très déterminée et, plusieurs semaines déjà avant les attentats de Paris, nous avons mis en œuvre d’importantes dispositions dans la lutte contre le terrorisme.

Je rappellerai que le ministre fédéral de l’Intérieur a, dès l’automne, décrété une interdiction d’activité très étendue à l’encontre de Daech. Après l’utilisation de symboles de Daech, ce sont maintenant le soutien et la propagande en sa faveur qui sont passibles de sanctions.

Hier, le gouvernement fédéral a adopté un projet de loi qui prévoit de retirer aux djihadistes prêts au départ non seulement leur passeport, mais aussi leur carte d’identité, s’ils sont suspectés de se livrer à des activités terroristes. Un départ vers le Proche-Orient en passant, par exemple, par la Turquie n’est donc plus possible.

À l’avenir, les islamistes radicaux qui veulent quitter l’Allemagne pour participer à des actes violents à l’étranger ou pour suivre une formation à ce genre d’actes dans des camps d’entraînement seront également passibles de sanctions. De cette manière, nous appliquons une résolution de l’ONU. De plus, en créant un délit autonome de financement du terrorisme, nous allons assécher les sources financières des terroristes.

Ce sont trois mesures importantes de lutte contre le terrorisme que nous mettons en place.

Chers collègues, nous allons aussi renforcer les capacités de l’Office fédéral pour la protection de la constitution. C’est nécessaire et urgent. Au sein de la commission d’enquête sur le mouvement clandestin néonazi NSU, nous avons vu qu’il y a beaucoup d’insuffisances dans les services de renseignement, et qu’il y a lieu notamment d’améliorer la coopération entre les services de protection de la constitution de la Fédération et des Länder. Nous allons aussi améliorer encore la dotation technique et en personnel des autorités de sécurité.

Une autre chose est très importante : la coopération européenne. En tant que SPD, nous saluons expressément la décision des ministres de l’Intérieur de l’UE, réunis à Paris dimanche, d’agir ensemble et en étroite concertation contre le terrorisme en Europe. Le principe qui prévaut pour nous est qu’il nous faut plus de coopération en Europe, et non le contraire.

(Applaudissements du SPD)

Nous développons aussi la prévention, et nous renforçons la cohésion de la société. Nous allons tout faire pour qu’aucun jeune ne rejoigne des organisations aux visées inhumaines et violentes. Nous soutenons toutes les actions qui encouragent le dialogue interreligieux et qui s’opposent à la haine et à la violence. Nous ne nous arrêtons pas aux discours, nous agissons.

(Applaudissements de députés du SPD)

Nous avons dès lors apporté notre soutien déterminé au programme national si important intitulé « Vivre la démocratie ! Debout contre l’extrême-droite, la violence et la haine », et les activités de promotion de la démocratie, pour lesquelles nous avons mis à disposition cette année un total de 50 millions d’euros. Cette importante décision du Bundestag est un message très fort, car nous pouvons de cette manière soutenir efficacement de nombreuses initiatives et associations dans la promotion de la démocratie.

(Applaudissements du SPD)

Notre réponse commune au terrorisme, c’est la sécurité, la cohésion et la liberté, sans la crainte. Nous allons ensemble poursuivre sur cette voie. Merci beaucoup.

(Applaudissement du SPD et de députés de la CDU/CSU)

M. Norbert Lammert, président :

La dernière oratrice de ce débat est Mme Gerda Hasselfeldt, pour le groupe CDU/CSU.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Mme Gerda Hasselfeldt (CDU/CSU) :

Monsieur le Président, chers collègues, les attentats de Paris nous ont tous bouleversés et laissés stupéfaits. Dans ces journées, nos pensées vont aux victimes et à leurs familles. Cela a déjà été dit dans ce débat, et je veux le souligner à mon tour : il ne fait aucun doute que ces attentats étaient des attaques contre notre liberté, contre nos valeurs, contre notre manière de vivre ensemble, d’agir les uns avec les autres. C’étaient des attaques contre la société ouverte du monde occidental.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

Si la tristesse et l’émotion sont grandes, les réactions de la population à Paris, à Berlin et dans nombreuses villes d’Europe et même du monde entier, sont, elles, encourageantes. Ces personnes ont témoigné de leur solidarité avec la France, et continuent de le faire, par-delà les frontières. Elles se sont levées, elles sont descendues dans la rue pour nos valeurs, pour la liberté, pour la démocratie, pour la tolérance, et contre le fanatisme, contre le fondamentalisme, contre la terreur. Mardi soir, des milliers de personnes ont pris part, à Berlin, au rassemblement silencieux des musulmans pour la tolérance et l’ouverture. Je remercie les organisateurs de leur réaction rapide aux terribles événements de Paris. Le manifeste commun des grandes communautés religieuses d’Allemagne énonce un principe clair : nul ne peut tuer au nom de Dieu. Quand cinquante chefs d’État et de gouvernement descendent dans la rue à Paris, quand des millions de personnes prennent part à cette marche de la liberté, quand un travailleur musulman sauve la vie de quatre personnes dans le magasin juif envahi par les terroristes, cela montre une évidence : nos valeurs sont plus fortes que le terrorisme.

(Applaudissements de CDU/CSU et de députés du SPD et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Les réactions de la population et du monde politique montrent aussi que dans notre société libre et ouverte, nous ne nous laissons pas nous éloigner les uns des autres, nous ne nous laissons pas diviser et nous ne nous laissons pas intimider. Au contraire : nous nous serrons un peu plus les coudes, non seulement en Allemagne, mais aussi en Europe et dans le monde. J’espère beaucoup que le début de cette année, aussi douloureux qu’ait été le 7 janvier 2015 pour nous tous, donnera aussi le signal qu’il est temps de reprendre conscience de nos valeurs fondamentales, des valeurs qui nous unissent, temps d’en être peut-être un peu plus conscients que nous ne le sommes au quotidien, temps de les défendre activement. La dignité de chaque être humain, d’où qu’il vienne et quelle que soit son apparence, la tolérance réciproque, le droit à la vie, la liberté de la presse, la liberté d’opinion, la liberté religieuse : tout cela, mes chers collègues, ce sont les valeurs qui nous unissent, mais aussi les valeurs qui nous donnent la force d’affronter le fondamentalisme, le fanatisme et la terreur.

(Applaudissements de CDU/CSU et de députés du SPD et d’ALLIANCE 90/LES VERTS)

Naturellement, dans une telle situation, des questions se posent aussi, comme celle de savoir si une telle chose peut se produire chez nous. Sommes-nous équipés ? Est-ce que tout est fait pour notre sécurité ? Même si nous savons qu’il n’est pas possible de tout empêcher, nous avons la mission de veiller à la sécurité de nos concitoyens – c’est la mission première de l’État. Nous savons tous que Daech et Al-Qaïda ne menacent pas seulement quelques États étrangers, loin de chez nous, mais qu’ils menacent aussi l’Allemagne. Nous savons tous que ceux qui veulent réduire à néant nos valeurs portent leur attaque contre nous-mêmes. Ceux qui veulent atteindre nos amis français par la terreur et l’effroi nous visent également. C’est pourquoi il était, et il est juste que nous soutenions les Kurdes dans leur lutte contre la barbarie des djihadistes, et que nous les soutenions avec de l’aide humanitaire, des équipements et aussi des armes. C’est pourquoi il était, et il est juste que nous apportions sur place notre soutien aux habitants des régions concernées. Chers collègues, c’est aussi pourquoi il est juste que nous interdisions aux djihadistes de quitter le territoire, et que nous surveillions de plus près ceux qui reviennent des zones de combats.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

Notre lutte contre le terrorisme n’a pas commencé seulement après les attentats de Paris. Mais ces attentats de Paris sont peut-être le motif et l’occasion de nous demander à nouveau, calmement et sans hâte, si nous avons fait tout ce qu’il fallait et si nous ne devrions pas renforcer encore notre lutte. Dans cette réflexion, notre boussole doit, je pense, être un principe central de notre tradition juridique, à savoir la proportionnalité. Notre règle doit être : autant de liberté que possible, autant de sécurité que nécessaire. Je voudrais me limiter essentiellement à trois points. Premier point : nous avons besoin d’une meilleure vue d’ensemble sur l’origine et la destination de ceux qui représentent un danger. Cela implique que nous renforcions les contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne. Cela implique aussi un échange d’informations au niveau international : celui-ci doit être amélioré.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Sont notamment visées les données relatives aux passagers aériens. Deuxième point : nous soutenons le gouvernement fédéral dans toutes les mesures prises dans la lutte contre l’extrémisme. C’est aussi bien le cas pour le ministre fédéral de l’Intérieur – et pour les mesures qu’il a réintroduites hier – que pour le ministre fédéral de la Justice. Je suis très heureuse que la transposition de la résolution de l’ONU soit enfin sur les rails ; en effet, Mesdames et Messieurs, ceux qui soutiennent financièrement des associations terroristes doivent pouvoir faire l’objet de poursuites pénales plus facilement que ce n’était le cas jusqu’à présent.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

Il en est de même pour qui se rend dans les camps d’entraînement terroristes. J’ajoute cependant, en conscience, qu’à notre avis, cela ne suffit pas. Nous devons à nouveau punir, comme c’était le cas auparavant, ceux qui font campagne pour les associations terroristes.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Notre message doit être le suivant : le terrorisme islamiste n’a pas sa place sur le sol allemand. Troisième point : nous devons adopter une nouvelle réglementation de la durée minimale de conservation des données de connexion ; cela a déjà été évoqué précédemment. Je plaide particulièrement pour une telle réglementation et demande que cela se fasse sans les ornières de la politique politicienne et en écoutant les conseils des membres des services de sécurité, des autorités de la sécurité, des syndicats des policiers, de tous ceux qui s’occupent de lutte contre la criminalité et le terrorisme,

(Thomas Strobl [Heilbronn] [CDU/CSU] : Et du ministre SPD de l’Intérieur !)

et je demande que l’on prenne leurs conseils au sérieux.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Il n’est tout de même pas acceptable que nous enregistrions les données de connexion dans le secteur des télécommunications lorsqu’il s’agit de facturation, mais pas lorsqu’il s’agit de lutte contre la criminalité et le terrorisme. Ce n’est pas la conception que je me fais de la sécurité des citoyens de notre pays, Mesdames et Messieurs.

(Applaudissements de la CDU/CSU)

Notre mission est au contraire – et c’est comme ça que je conçois mon travail politique, du moins pour ma part, et celle de mes collègues de groupe – d’assurer le bien-être des citoyens et une vie heureuse pour nos semblables. Cette vie heureuse, elle comprend la liberté et la sécurité : l’une ne va pas sans l’autre, mes chers collègues. Dans un État de droit démocratique, la liberté et la sécurité sont indissociables.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de M. Thomas Oppermann [SPD])

Ce n’est que dans l’équilibre entre ces deux valeurs que notre société peut puiser sa force. Employons-nous à cette mission avec le soin, le calme et le sérieux qui s’imposent, mais aussi avec ce qu’il faut de fermeté ! Merci beaucoup.

(Applaudissements de la CDU/CSU et de députés du SPD)

M. Norbert Lammert, président :

Le débat est clos.

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