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Intervention de M. Lindner, président du groupe FDP, le 22 janvier 2018 à Berlin

Monsieur Christian Lindner (FDP) :

Messieurs les Présidents, chers collègues, Mesdames et Messieurs, certains veulent ici nous donner des leçons d’histoire. Pour ma part, je me réjouis qu’une majorité du parlement entende s’occuper de l’avenir. Certes, le Bundestag allemand est une enceinte où l’on discute de questions de politique intérieure, mais pas aujourd’hui : ce sont des questions d’une autre nature qui prennent le devant aujourd’hui.

Il est une chose que je ne comprends pas, Monsieur Gauland. Vous venez de vous plaindre que votre groupe n’ait pas été impliqué dans la préparation de cette séance et dans l’élaboration du projet de résolution. Or, vous nous dites dans le même temps que vous ne pouvez approuver ce texte et l’esprit qui a présidé à sa rédaction. Pourquoi voudriez-vous alors compter parmi les auteurs d’une démarche que vous rejetez sur le fond ?

Et si vous avez énoncé à l’instant quelques amabilités quant à l’amitié franco-allemande, votre choix tacite, de vous et de l’ensemble du groupe AfD, de ne pas prendre part au voyage à Paris trahit combien vous avez en réalité une vision nationale des choses.

Mes chers collègues, il y a 55 ans était signé le Traité de l’Élysée. Il s’agissait alors d’un instrument de politique étrangère. À lire ce texte aujourd’hui, on constate que les ministres des Affaires étrangères y occupaient une place centrale. Aujourd’hui cependant, il serait tout à fait aberrant de faire de l’amitié franco-allemande l’affaire de ces ministres. Ce n’est pas là une plaisanterie : aujourd’hui en effet, les relations bilatérales sont devenues réalité entre les différents niveaux des institutions, des autorités et de l’État. La particularité du Traité de l’Élysée, aujourd’hui, 55 ans plus tard, c’est de ne plus être une particularité. Il est dès lors opportun de faire ensemble le pas suivant.

Si le partenariat est une décision juridique et, peut-être aussi, politique, l’amitié doit se forger au cœur des sociétés. Mme Nahles et M. Kauder ont évoqué les diverses initiatives nées de la société civile – les échanges scolaires, les jumelages. Mais, au fil des décennies, c’est aussi de la culture populaire que sont nées l’amitié et la proximité.

Il y a quelques jours mourait la chanteuse française France Gall, dont la carrière fut aussi marquée par l’interprétation en allemand de certaines de ses chansons, dans les années 1960. De même, le Winnetou des adaptations cinématographiques des romans de Karl May, elles aussi produites dans les années 1960, était français.

Mesdames et Messieurs, la refondation de l’Union européenne sera la mission des prochaines décennies. L’esprit bilatéral du Traité de l’Élysée ne s’oppose pas à la refondation du projet européen dans son ensemble, bien au contraire : la France et l’Allemagne peuvent et doivent donner l’impulsion de cette refondation de l’Union européenne, doivent être le moteur d’un approfondissement qui a été interrompu au milieu de la dernière décennie. Pour autant, cela n’implique pas de former un directoire imposant ses vues aux autres et cela n’implique pas davantage de constituer un club fermé frappant les autres d’exclusive. L’approfondissement de l’amitié franco-allemande doit être perçu comme une invitation à suivre cet exemple.

Le président Macron a choisi d’imprimer le rythme de ce débat. Depuis le centre de l’échiquier politique, il a choisi de présenter une proposition de réforme très complète pour l’Union européenne. L’Allemagne devra y répondre avec créativité. Toutes les idées exposées ne pourront pas être reprises : l’Europe est le continent de la diversité. Mais il nous faut nous positionner par rapport au cœur de sa pensée.

Il faut renforcer l’action commune en matière de sécurité, de défense et de contrôle de nos frontières extérieures. S’il est des missions européennes, ce sont sans doute celles-là. Au nom de mon groupe, je tiens à dire que nous aurions souhaité voir le projet de résolution renfermer davantage d’initiatives franco-allemandes que ce n’est le cas dans le texte présenté.

La protection du climat est une mission qui concerne l’humanité dans son ensemble. Nous devons admettre que les réponses nationales sont insuffisantes. Plus encore : en matière de politique énergétique, les solutions strictement nationales engendrent souvent plus de problèmes en Europe qu’elles ne contribuent à une solution.

Nous nous devons donc de montrer au monde comment concilier durabilité environnementale et prospérité économique. L’idée d’un prix du carbone, inscrite dans le projet de résolution, trace une voie conforme à l’économie de marché et bien supérieure à celle des quotas, interdictions et subventions explorée en Allemagne ces dernières années.

L’enjeu, chers collègues, est aussi d’approfondir l’Union économique et monétaire. La préparation du projet de résolution a montré que la ligne de faille ne court pas entre la France et l’Allemagne. Elle ne court pas non plus entre pro-européens et anti-européens, si l’on fait exception des extrêmes de l’éventail politique. En France comme en Allemagne, le débat anime plutôt le cœur de la démocratie. C’est un débat de fond entre ceux qui misent sur plus d’égalité sociale, de mutualisation et, le cas échéant, de transferts et ceux qui veulent miser sur la croissance, une plus grande compétitivité et la primauté des règles. La position défendue par l’Allemagne jusqu’ici – nous verrons ce qu’il en sera à l’avenir – ne traduisait pas la dureté ou le manque de générosité, bien au contraire. Elle reposait sur la conviction – inchangée en ce qui nous concerne – que la responsabilité budgétaire est l’expression de la souveraineté démocratique et du bon sens économique. Il convient dès lors de poursuivre sur cette voie.

Quand on veut, comme le demande le président français, stimuler la croissance en investissant dans les technologies de rupture, ce qui fait sens dans le domaine de l’intelligence artificielle, mais aussi en ce qui concerne les initiatives communes souhaitées dans le domaine des batteries et de l’électromobilité, il faut veiller à ce que les réglementations imposent d’allouer les fonds à des initiatives du secteur privé, plutôt qu’aux seuls budgets publics.

De part et d’autre du Rhin, certains exploitent chaque occasion de faire les gros titres et sont prêts, pour ce faire, à présenter le projet d’unification européen comme un problème. Or, il se trouve qu’aucun problème ne peut être résolu contre ou sans l’Europe. Nous ne pouvons régler les problèmes qu’en Europe, ou avec l’Europe. Tel est le message de cette résolution commune du Bundestag allemand, au-delà de tous les points de détail qui peuvent diviser les groupes qui constituent le cœur de notre Assemblée.

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