Direkt zum Hauptinhalt springen Direkt zum Hauptmenü springen

Bildwortmarke: Deutscher BundestagBundestag allemand

Artikel

 

Intervention de Mme Wagenknecht, présidente du groupe La Gauche, le 22 janvier 2018 à Berlin

Monsieur Wolfgang Schäuble, président :

La parole est à Mme Sahra Wagenknecht, présidente du groupe parlemantaire La Gauche.

Madame Sahra Wagenknecht (La Gauche) :

Monsieur le Président de Rugy, Monsieur le Président Schäuble, chers collègues, lorsque nous voyons combien de guerres l’Allemagne et la France se sont livrées, et combien d’hommes ont trouvé une mort cruelle sur les champs de bataille de ces guerres, lorsque nous pensons aux massacres effroyables commis sur la population civile française durant l’occupation allemande – le nom d’Oradour est aujourd’hui encore synonyme des crimes de guerre de la Wehrmacht et des SS contre des civils innocents –, lorsque nous réfléchissons à tout cela, force nous est de manifester un respect d’autant plus grand devant le fait que, moins de deux décennies après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le général de Gaulle a tendu au chancelier allemand Adenauer la main de la réconciliation.

Il a ainsi jeté les bases d’une Europe nouvelle, d’une Europe libérée du nationalisme et de la haine entre les peuples.

Si nous nous réunissons maintenant, à l’occasion du 55e anniversaire du Traité de l’Élysée, avec nos collègues français, nous devons tirer un bilan honnêtement et dire où nous en sommes aujourd’hui. Dix ans avant la signature du Traité de l’Élysée, Thomas Mann avait appelé ses jeunes auditeurs à Hambourg à ce qu’ils n’aspirent plus jamais à une « Europe allemande », mais à une « Allemagne européenne ».

La grande idée de De Gaulle était celle d’une Europe unie dans sa diversité et dans ses différences culturelles, une Europe des démocraties souveraines, et non une Europe dirigée depuis Bruxelles, ou même depuis Berlin, dans laquelle les parlements sont sans pouvoir et les gouvernements se voient prescrire la manière dont ils doivent organiser leur marché du travail, leurs systèmes de retraite, ou encore leur droit de grève.

Mitterrand apporta son soutien à l’Union monétaire, car il croyait pouvoir ainsi empêcher une domination de l’Allemagne en Europe.

L’historien britannique Timothy Garton Ash a constaté à cet égard, dès 2012 – soit il y a six ans, que, je cite :

20 ans après Maastricht, nous voyons que c’est exactement le contraire qui est arrivé. Du point de vue économique, l’euro s’est avéré particulièrement avantageux pour l’Allemagne. Du point de vue politique, l’Union monétaire a conduit à ce que l’Allemagne prenne le volant, et la France, la place du passager.

Mais, une Europe où l’Allemagne est au volant et où les autres sont, dans le meilleur des cas, à la place du passager, est une « Europe allemande », et une telle Europe n’aura pas d’avenir : pour nos voisins, elle n’est pas acceptable.

Mes prédécesseurs à cette tribune ont beaucoup parlé de l’amitié franco-allemande et du renforcement de l’Europe. Il est aisé de faire de grandes déclarations. Tant que le salaire minimum allemand sera inférieur de plus d’un euro au salaire minimum français, il ne faut pas s’étonner que les fabricants français soient évincés du marché.

Tant que l’Allemagne mettra sous pression les coûts du travail dans ses entreprises industrielles, par le biais du travail intérimaire, des durées de temps de travail et des contrats, il n’est pas étonnant que la France – tout comme l’Italie, d’ailleurs – perde des pans de plus en plus grands de son industrie. Personne ne s’oppose à une concurrence sur la qualité, dans laquelle c’est le meilleur produit qui gagne. Mais ce que nous vivons depuis l’Agenda 2010, c’est un dumping sauvage, au détriment des travailleurs allemands et de nos voisins européens.

Une telle politique est destructrice pour la cohésion européenne.

De nombreux pays s’appliquent désormais à raboter les droits des travailleurs sur le modèle allemand. Mais de quoi aura l’air une Europe que l’on prépare de cette manière ? C’est une Europe où les grandes banques et les grands groupes donnent le ton, tandis que les classes moyennes perdent leur prospérité, la pauvreté s’accroît et une partie de la jeune génération n’a plus d’avenir. Si les gens se détournent d’une telle Europe, personne ne doit s’en étonner.

Lorsque de Gaulle tint son célèbre discours devant la jeunesse allemande, en 1962, il plaida pour une Europe où les fruits du progrès économique deviennent, je cite, « la conquête, non de quelques privilégiés, mais de tous nos frères les hommes », une Europe où le progrès soit un « bien commun ». Ainsi parlait Charles de Gaulle. Le progrès comme bien commun, c’était bien autre chose que l’esprit des actuels traités européens, où les libertés concernant les capitaux priment explicitement sur les droits sociaux fondamentaux.

C’est pourquoi je vous dis : ceux qui veulent renforcer la cohésion européenne ne peuvent pas détruire la cohésion sociale dans les pays européens. Ceux qui veulent entretenir l’amitié franco-allemande doivent cesser cette course au dumping entre nos pays.

Le relèvement du salaire minimum allemand, au moins, au niveau français, de 9,88 euros, ne serait certes pas suffisant à nos yeux, mais ce serait tout de même un premier pas dans le bon sens.

Ou bien pourquoi la France et l’Allemagne ne s’accordent-elles pas sur un taux d’imposition minimum de 25 pour cent pour les grands groupes et pourquoi n’introduisent-elles pas ensemble un impôt à la source sur les flux financiers et les paradis fiscaux ? Vous pourriez ainsi, ensemble, priver de toute base le dumping fiscal pratiqué par les Apple et compagnie.

Qu’est-ce qui s’oppose à une initiative des deux pays visant à faire payer les super-riches en Europe avec un impôt sur la fortune, sur le modèle de la péréquation allemande, et ainsi à supprimer la dette ? En faisant cela, vous auriez la très grande majorité des Français et des Allemands à vos côtés.

Comme chacun sait, tout n’a pas été qu’harmonie autour du Traité de l’Élysée : il y a également une certaine irritation du côté français. Le motif, à l’époque, en était le préambule ajouté unilatéralement par l’Allemagne, et l’orientation transatlantique de ce préambule. Mais, comme je le pense, depuis que les États-Unis ont un président qui, dans des moments critiques, fanfaronne sur la taille de son bouton nucléaire, depuis ce moment-là, sinon plus tôt, il est devenu absolument clair que l’Europe doit prendre son destin en main, comme de Gaulle le voulait à l’époque.

Oui, il nous faut une politique extérieure européenne autonome. Mais il nous faut cette politique pour promouvoir la paix, le désarmement et la détente, et non pour pousser encore plus loin la course aux armements.

Chers collègues, l’enseignement des tranchées de Verdun n’est certainement pas que l’Allemagne et la France s’engagent désormais ensemble pour gaspiller encore plus d’argent en armes et matériel de guerre.

L’Ostpolitik de Willy Brandt était une politique extérieure européenne autonome ; vous devriez peut-être vous en souvenir. Mais le grand symbole de cette Ostpolitik, ce fut l’agenouillement de Varsovie, et non l’agenouillement devant les grandes entreprises de l’armement.

Si nous voulons une Europe en bonne entente avec ses voisins, dans un monde pacifique, nous devons, je crois, renouer avec une Europe sociale, qui redonne un avenir à la jeune génération. C’est pour ces objectifs que l’Allemagne et la France devaient collaborer, en partenaires.

Monsieur Wolfgang Schäuble, président:

M. Cem Özdemir a à présent la parole, pour le groupe Alliance 90/Les Verts.

Marginalspalte