Parlement

Propos liminaires

Dr. Wolfgang Schäuble

Dr. Wolfgang Schäuble (© DBT/Melde)

Chères et chers collègues,

La séance qui s’ouvre est une séance particulière. Cela ne fait aucun doute. Et ce n’est pas uniquement parce que c’est la première séance régulière depuis la constitution du Bundestag, le 24 octobre dernier – voici déjà quatre semaines.

Nous sommes tous sous le coup de l’interruption, sans résultat, des entretiens exploratoires pour la formation d’un gouvernement, dimanche dernier. C’est le cas pour les participants immédiats à ces entretiens, mais aussi pour les citoyennes et les citoyens, et cela est particulièrement vrai pour nous, qui sommes leurs députés élus.

Dans la discussion sur les motifs de cet échec, les questions sur la suite des événements se multiplient. Ces questions sont légitimes. On peut aussi comprendre que les gens soient préoccupés – pour la capacité d’action politique et la stabilité de notre pays.

Depuis l’issue des élections, le 24 septembre, nous savions que nous n’aurions pas la tâche facile et que de longues négociations nous attendaient. Ce n’est pas sans raison que notre ordre du jour prévoit aujourd’hui la mise sur pied d’une commission principale – comme ce fut d’ailleurs déjà le cas il y a quatre ans, dans un autre contexte. En agissant de la sorte, nous garantissons que le Bundestag exerce ses missions de manière appropriée et responsable, jusqu’à la formation du gouvernement.

La séance constitutive a déjà fait apparaître clairement qu’un parlement avec sept partis et six groupes parlementaires est plus coloré politiquement, et qu’il connaît aussi des débats plus vifs. Avec l’interruption des entretiens exploratoires, nous voyons plus nettement que dans un parlement qui reflète de cette manière les différents courants de la société, la constitution d’une majorité est aussi plus difficile. Cependant, la démocratie requiert des majorités – et notre souhait de stabilité requiert des majorités solides.

« Tout pouvoir d’État émane du peuple », déclare la Loi fondamentale. À travers les élections, le peuple a décidé. En tant qu’élus, nous devons maintenant agir en fonction de cette décision, agir avec responsabilité.

Il est beaucoup question en ce moment du mandat de l’électeur. Chaque élu sent que ce mandat l’engage. Mais qu’est-ce que le mandat de l’électeur ? Cela n’est pas une chose aussi simple et univoque qu’il y paraît.

Chaque parti, chaque député, nous tous, nous percevons notre devoir de mettre en œuvre, sur le fond, ce que nous avons défendu durant la campagne électorale. Mais le mandat de l’électeur, c’est aussi le mandat, destiné à nous tous, de former des majorités et de permettre à un gouvernement d’être en capacité d’agir. On peut avoir des divergences d’opinions sur la manière dont il faut gouverner. Mais il est clair qu’il faut gouverner. Ce sont les deux faces du mandat conféré par les électeurs. En tant que responsables politiques, nous devons consciencieusement tenir compte de ces deux éléments.

Cela peut inclure que des partis, après mûre réflexion, arrivent à la conclusion qu’ils ne veulent pas entrer dans une alliance avec d’autres. Cela doit être possible. Mais cela doit aussi être expliqué par des arguments convaincants, afin de ne pas susciter l’impression que l’on cherche à se soustraire à ses responsabilités.

L’électeur, lui aussi, est sollicité. On attend de lui une capacité de jugement, une disposition à peser le pour et le contre des arguments, un jugement équitable vis-à-vis de ceux qui endossent des responsabilités.

Il doit y avoir, y compris dans l’opinion publique, de la compréhension pour la complexité de la tâche qui vise à faire converger la diversité des intérêts, des opinions, des sensibilités avec les limites et la finalité de la réalité. Et il doit y avoir la prise de conscience que cela nous oblige à faire des compromis et à prendre des décisions à la majorité. C’est ce que j’ai dit dans mon discours lors de la séance constitutive du Bundestag. Cela ne peut pas se faire au pas de charge : certainement pas au regard des problèmes complexes auxquels nous sommes si souvent confrontés aujourd’hui, ni en ce qui concerne les nécessaires questions de détail.

Il faut donc faire preuve de compréhension pour l’exercice d’équilibre délicat que signifie, pour tous ceux qui ont une responsabilité politique, le fait de renoncer à des éléments de leur propre programme électoral pour parvenir à des compromis acceptables par une majorité. Ce n’est pas un « retournement de veste », ni même un aveu de faiblesse. C’est la seule manière de constituer des majorités et les coalitions nécessaires à celles-ci. C’est un exercice éprouvant, pour tous. Se mettre d’accord à travers des renoncements réciproques, cela demande du courage. C’est l’unique manière de préserver la capacité de décision politique que l’on attend, à juste titre, de la politique et de nous.

Je le répète : nous tous, électeurs comme élus, avons la responsabilité de considérer avec sérieux ces fondements de notre démocratie parlementaire.

Chères et chers collègues,

Nous vivons actuellement une situation exceptionnelle, comme l’a souligné hier le Président fédéral dans sa déclaration. C’est une épreuve, certes, mais ce n’est pas une crise d’État. Nous ne devrions pas exagérer l’ampleur de la mission par des comparaisons historiques inutiles. La tâche est lourde, mais elle n’est pas insoluble.

Notre Loi fondamentale détermine les règles à suivre. Ces règles sont claires et intelligentes, et c’est dans le cadre de ce prescrit constitutionnel que tous, nous prendrons nos responsabilités.

Conformément à l’article 63 de la Loi fondamentale, le Président fédéral a le devoir de soumettre au Bundestag une proposition en vue de l’élection du chancelier fédéral. Le Président a annoncé hier qu’il s’entretiendrait avec les plus hauts représentants des organes constitutionnels et avec les présidents de différents partis. Il a réclamé à juste titre de la disponibilité à la discussion les uns avec les autres.

Nous avons pour le moment un gouvernement en affaires courantes : il s’agit là d’une solution transitoire constitutionnelle, objective et appropriée. Et nous avons un parlement en mesure d’agir : avec ses instances de contrôle, avec la mise sur pied, aujourd’hui, d’une commission principale, de la commission des pétitions et de la commission de validation des élections, des immunités et du Règlement. Un parlement où, d’ailleurs, chacun d’entre nous peut exercer ses droits de député.

Ensemble, nous avons une responsabilité envers notre pays. Et nous n’avons pas cette responsabilité uniquement pour notre pays. L’Europe a besoin d’une Allemagne capable d’agir. Les réactions à l’étranger le montrent : l’Europe et bien d’autres pays dans le monde nous attendent. Les défis sont importants. Tout comme nous-mêmes avons besoin de partenaires forts, nos voisins veulent avoir à leurs côtés un partenaire fiable.

Je le redis : le mandat de l’électeur, c’est d’assumer nos responsabilités pour notre pays en Europe et dans le monde. Pour cela, nous avons besoin de majorités et d’un gouvernement qui soit en mesure d’agir.

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